Loin de moi l'envie d'écrire une Nième définition de ce qu'est un blog, il en existe déjà des complètes et satisfaisantes comme cette définition de Manur, ou plus officielle encore avec ce dictionnaire québecquois, qui recommande d'ailleurs blogue et non blog, ou, pour finir dans l'inventaire de définitions, ce long article sur Joueb.com (joueb étant aussi une des recommandations québecquoises).
Mon envie est plutôt de proposer une réflexion sur les origines états-uniennes des carnets web. Pourquoi est-ce apparu aux États-Unis et pas ailleurs ? L'avance technologique si souvent invoquée pour tout et n'importe quoi ? La façon de présenter les idées ?
Pour finir, une autre mini réflexion sur l'avenir des blogs...
L'avance technologique
Il serait en fait plus exact de parler d'avance dans les pratiques webesques. Les États-Unis représentent à peu près 50 % des internautes, ce qui fait un poid considérable et permet de faire d'une mode uniquement états-unienne un phénomène mondial, au moins sur le plan du web et de son utilisation.
Le web là-bas est beaucoup plus utilisé, et le taux de connexion des foyers est bien supérieur. Il est normal que les nouvelles utilisations y apparaissent d'abord et non pas en Angola (en fait, ce n'est pas si évident, des moyens et des nouveaux modes d'utilisation peuvent apparaître partout dans le monde du web ; seulement, il faut admettre que les influences culturelles jouent beaucoup, et les États-Unis ont plus d'influence que l'Angola...).
Étant donné que le blog est une utilisation du web totalement adapté ce média (mise à jour facile, utilisation exacerbée de l'hyperlien), il montre que l'on est sorti de l'effet diligence propre à tout nouveau moyen de communication (pour expliquer ce terme, voir Jacques Perriault), et cela impliquait une habitude d'utilisation que l'Europe n'avait pas... encore. [À ce propos, les CSS et le xhtml sont aussi des éléments de la sortie de l'effet diligence du web par rapport au média papier, j'essaierai peut-être d'y revenir.]
Un petit exemple facile pour montrer que les pratiques viennent en grande partie des États-Unis... Qui imagine aujourd'hui un candidat ou une liste électoral(e), un parti politique, sans site web ? Ça ne ferait pas sérieux, et on y met même force gadgets confinant parfois au ridicule... Les noms des sites de candidat basés sur le principe nom+année.org est bien révélateur.
Ceci dit, les avancées aussi bien technologiques que des pratiques n'expliquent pas tout, et il y a une autre raison qui à mes yeux est au moins aussi importante.
L'individualisme dans la présentation
Je n'utilise pas ce terme d'une manière négative, mais comme l'affirmation de soi (vous savez, cete notion qui monte depuis une bonne paire de siècles...). Un blog est totalement individualiste, ne présentant que ce qui intéresse son auteur (et c'est normal) en le mettant constamment - ou souvent - en avant (je ne fais évidemment pas exception à la règle). Même dans les blogs communautaires la première personne du singulier est constamment présente, car en fait ils ne sont que la fusion de plusieurs blogs persos.
Maintenant amusons-nous un peu, et ouvrons l'essai d'un auteur états-unien, traduit ou dans-le-texte. Comparons-le ensuite avec un essai français. La différence est nette : l'ami d'outre Atlantique dit "je" là ou le Français parle de "nous", un "nous" impersonnel accordé au singulier pour bien marquer le caractère individuel de ce "nous".
La structure de l'essai est également révélatrice : là où le Français se sent obligé de faire un plan (déductif, inductif ou thématique...), en x parties (le plus souvent, trois...), l'Américain laissera son esprit filer. Ma pire expérience en la matière est la lecture de Stupid White Men de Michael Moore, qui confine parfois au pénible avec cette manie de sauter du coq à l'âne.
Je crois que le plus bel exemple que j'ai trouvé pour illustrer cette opposition est le site d'Alain Lipietz. Aux États-Unis, cet homme ouvrirait un blog, et l'alimenterait tout seul de ses articles qu'il agrémenterait éventuellement de commentaires spontanés... Mais en France, il lui faut un vrai SGC, et une webmaitresse (Perline). Structure, distance de l'auteur par rapport à ses écrits... il y a une différence fondamenale de la manière de présenter les idées et les opinions. Dans les blogs, c'est la manière américaine qui l'a emporté, la manière individuelle.
Pas de plan, mais de vagues catégories, et un classement antéchronologique, un joyeux foutoir, on parle de ce qu'on veut quand on veut. L'auteur est très impliqué dans ses idées et le montre par l'utilisation de la première personne. Bien sûr, la rigueur est de mise, mais elle ne se présente pas de la même façon qu'un écrit universitaire français par exemple. Le blog, c'est la liberté de la forme, tout comme l'essai américain.
Conclusion (?)
Comme le dit Tristan Nitot (qui représente pour moi un certain idéal bloguesque vers lequel tendre, si si :) ), Internet permet de publier de manière quasi démocratique (il reste le problème de l'accès aux technologies matérielles : ordinateurs, connexion...) des informations, des idées. Le blog est un des moyens et n'est qu'une des multiples facettes du web pour présenter des informations et des idées. Sa seule originalité est qu'il est récent et bénéficie d'une image sympa. Qui sait ce qu'en donneront les utilisations que l'on fera de ce concept ?
Il est probable que le blog suive le même chemin que la page perso, avec des blogs nombrilistes tels qu'il en existe déjà, et des blogs intéressants qui auront autre chose à dire que la météo et la composition du dernier repas.
Plus ce support deviendra mature, plus il deviendra spécifique selon les cultures, les auteurs. Peut-être verrons-nous même des blogs avec le "nous" au singulier tenu par un professeur d'université en Sciences Sociales, qui exposera des introductions à ses thèses, le blog sera alors une porte d'entrée vers la base de données qui constituera son site. Là, le blog aura acquis ses lettres de noblesse, même si, probablement, ce prof parlera à la première personne, ce qui lui permettrait d'avoir deux modes d'expression, l'un bloguesque, l'autre livresque.
Euh... oui ?
Sérieusement, je ne sais pas vraiment ce que vaut cette réflexion, si elle pouvait ouvrir ne serait-ce qu'un mini débat, je serai super heureux. Pour finir tout ça, voici un petit article qui dénonce le battage fait autour, justement, des blogs.