Le matin, dans la brume qui se lève à peine, des hommes sortent d'une voiture. Dans leurs mains, un seau rempli d'un presque-liquide, des balais à manche court. Ils s'approchent d'un panneau d'affichage libre, se saisissent d'affiches avec une photo couleur d'un visage en gros plan. Le geste est précis, sûr : d'abord de la colle sur la surface, puis de la colle sur l'affiche, pour qu'elle boive la colle.
Ces hommes, habillés en fringue plutôt vieilles, pour pouvoir se salir sans problème, collent. Ils collent des affiches pour leur(s) candidats, pour leur(s) parti(s). En général, ils tournent à deux.
Ces hommes, j'en fais partie...

Abandonnons ce style pompeux et ampoulé pour raconter un peu en quoi consiste un collage électoral. Il faut tout d'abord savoir que selon le code électoral, le collage n'est autorisé que sur les panneaux officiels, à savoir les machins gris devant les bureaux de vote (mairie, écoles...). Tout le reste est illégal. Le jeu consiste alors à laisser l'autre le faire en premier. À partir de là, deux solutions : soit on dénonce le contrevenant à la préfecture, ce qui manque évidemment de panache et surtout de visibilité, soit on relève le défi de tenir l'affichage public. Donc il faut des bras, et des affiches. Le militant est gratuit, pas l'affiche, il faut donc veiller à ne pas dépasser le plafond, à ne pas brûler tous les fonds de campagne en affiches quadrichromie.
Le collage, c'est pour moi le samedi matin, sur des colonnes libres, pour recouvrir la droite qui colle en semaine. Sur le coin, nous soupçonnons l'UMP comme l'UDF de payer des gens pour le faire, ou de l'avoir fait, puisque pendant deux semaines des affiches étaient tout le temps collées, recouvertes instantannément par d'autres, etc. Je parle au niveau cantonale hein... bien que nous en profitions pour mettre du Huchon en même temps que du Gérard Eude, et eux du Copé ou du Santini.
Coller en plein jour permet de rencontrer des gens, éventuellement d'échanger deux trois mots, de se montrer, d'être présent. Avouons-le, c'est aussi plutôt sympa de coller des affiches sur des colonnes, un mur aveugle déjà recouvert d'affiches pour le cirque et LO-LCR. Un tout petit goût d'interdit... tout petit. Avouons aussi que ça met pas les foules en délire, et que l'indifférence polie est le sentiment le plus souvent rencontré.

Honnêtement, je n'ai aucune idée de l'influence des affiches sauvages pour les élections. Cela a-t-il une incidence ? Positive ou négative ? Je sais juste que ça permet deux choses : ça permet d'être présent visuellement, et le mieux est aussi de l'être en dehors des périodes électorales ; ça motive les troupes. Les deux sont capitales, ou au moins très importantes.
Ceci dit je pense qu'un bon tract bien distribué a plus d'impact, plus d'influence. Il ne faut pas négliger l'effet provoqué par un groupe de militants qui distribuent un tract, l'effet de masse impressionne. Quant au tract lui-même, s'il est bien fait il a le mérite de s'adresser à l'intelligence de la personne, pas uniquement à son œil.

Je vais clore ici ce billet sans queue ni tête...