Comment me suis-je retrouvée dans cette « galère » ?

A vrai dire, je ne sais pas vraiment. C?est une question que l'on m'a souvent posée pendant cette campagne. En effet, ma candidature en a surpris plus d'un, que ce soit dans mon entourage ou parmi les électeurs que j'ai rencontrés. Beaucoup se demandaient ce qu'une jeune fille (qui a priori n'a rien à voir avec la France « d'en haut ») faisait « là-dedans ».

Un matin, je reçois un coup de fil du délégué régional JRG (Jeunes Radicaux de Gauche, affilié au PRG) qui me demande si ça ne me dérange pas d'être candidate non-éligible sur les listes de Seine-et-Marne aux élections régionales...
Pourquoi moi ? Ben voyons, c'est évident : parce que je suis belle, intelligente, dôtée d'un charisme époustoufflant, etc. Non, ce n'est pas ça malheureusment. Mais beaucoup plus simple et stratégique : lors des négociations, il s'est avéré qu'il fallait au moins un candidat éligible par département. Pour la Seine-et-Marne, les choses s'annonçaient d'ores-et-déjà difficiles. Et comme la politique, c'est en très grande partie de la comm', il fallait trouver une bonne image en dépit d'une place éligible, ce qui voulait dire quelqu'un de jeune (je suis la seule jeune de moins de 30 ans dans la fédé !), une femme pour combler les trous (excusez-moi l'expression, mais la réelle égalité homme/femme n'est pas encore pour aujourd'hui !- jusqu'à preuve du contraire, je suis une femme !), quelqu'un connu du National (je suis membre du BN et secrétaire des JRG) et s'y possible un peu colorée, histoire de... (mes parents viennent des Antilles). Voilà, après un tel tableau, vous devinez qui ils ont choisi !

En même temps, ils n'avaient pas beaucoup de choix, les pauvres. A vrai dire, au début je n'étais pas emballée. Je ne voulais pas jouer la potiche black à qui l'ont dit : « Elle est mignonne ! » comme si je ne comprenais pas. Encore un peu novice, je ne me sentais pas de partir maintenant dans une campagne électorale. Mais je me suis laissée convaincre. Après tout, je n'étais pas éligible et j'étais candidate sur une liste. Ce n'est pas comme si je partais toute seule. En plus, ce délégué JRG m'a assuré que je n'aurais pas grand chose à faire : seulement être présente à deux, trois meetings. Tu parles ! Je loupais les cours presque tous les deux jours... Mais bon, après tout, c'était pour la bonne cause. Seulement le problème est que tout le monde savait que j'étais sur les listes, avant même que je sois au courant. Ca fait toujours plaisir. Vous imaginez ma surprise quand Adrien m'a appelé le soir même pour me dire qu'on avait parlé de moi dans la section PS du coin... Les nouvelles vont plus vite que la lumière en politique... Mais bon, je ne vais pas me plaindre. Je sais que beaucoup auraient aimé être à ma place.

Mon premier pas dans la campagne : cheese !

Donc comme vous l'avez deviné, trois jours plus tard, me voilà à la mairie de Chelles (qui est impressionnante de luxe !) pour... faire des photos !
Je m'attendais à voir un troupeau de candidats s'agglutinant devant une porte en attendant gentiment leur tour. En fait, nous étions deux (trois avec Adrien qui avait eu la gentilesse de m'accompagner). Pendant plus de cinq minutes, je me suis fait violemment bombardé de flashs. Lorsque j'ai repris conscience, j'ai réalisé que mon sourire était tellement crispé que j'avais de jolies crampes aux joues. D'ailleurs, en écrivant ça, je réalise que je n'ai récupéré aucune de toutes ces photos... Quand je pense qu'il va falloir que je me paye quatre misérables photos à un euro pièce dans un Photomaton dégueulasse... La vie est injuste !

La semaine suivante : partiels ! Deux heures après mon avant-dernier partiel, les choses sérieuses commencent... Les réunions se succèdent au siège du PRG et au local de campagne d'Huchon. Arrive alors le samedi fatidique qui aurait pu foutre en l'air tout mon avenir politique (ce que je ne savais pas encore alors...)(NdAdrien : tu n'exagères pas un peu ?)

La conférence de presse :

Une conférence de presse un samedi matin à 8h30 dans un hôtel de Seine-et-Marne organisée par le PS pour présenter les candidats de la liste. Voici le tableau. J'y suis allée assez tranquillement. La veille, j'avais appelé des copains Radicaux pour ne pas être la seule PRG parmi tous ces socialistes et ces quelques Verts. D'autant que je ne connaissais personne, et personne ne me connaissait. J'avais quand même affaire à un ensemble d'élus quinquas et sexagénaires souvent implantés en Seine-et-Marne avant même que je vienne au monde. En arrivant, je dis donc bonjour poliment, je sers quelques mains, je me présente et arrive le moment de monter sur l'estrade et de m'exprimer devant tous ces gens, chose que je n'avais pas prévu. Evidemment j'aurais du m'en douter. Etant la seule Radicale sur la liste du 77, je ne pouvais pas échapper à un discours.

Là, j'ai commencé à baliser... Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir dire ? Pendant que mes partenaires s'exprimaient, je m'entraînais mentalement, mais imposible de me concentrer face à tous ces regards interrogateurs et ma vessie pleine qui ne demandait qu'à se libérer. Finalement, mon tour arrive et je me lance. J'improvise un petit truc sur moi, ma fédé, l'intérêt des Radicaux dans ces élections et le paysage politique français. A vrai dire, je ne me souviens même plus de ce que j'ai dit, mais en tout cas, ça a été accueilli par de chauds applaudissements. Quel soulagement ! J'ai évité de peu la honte de ma vie. Le plus dur était passé et j'avais réussi à épargner à la fois mon éventuel avenir politique en Seine-et-Marne et l'image de toute la fédé. Mes amis Radicaux ont été super contents et depuis ils fondent tous leurs espoirs sur moi. (J'aurais peut-être du me planter, en fait ! Lol) Après la conférence, on m'a félicité et une demi-douzaine de personnes est venue me voir pour discuter et échanger des coordonnées. J'avoue qu'à 11h30 en sortant, j'étais exténuée... contente, mais exténuée.

Après tout le reste s'enchaîne très vite... Lundi 2 février, c'est le 1er meeting au cirque d'hiver. Ca aussi c'est quelque chose...

Le Cirque d'Hiver :

Deux jours avant, des responsables de la campagne jeune m'appellent pour me dire qu'il faut absolument que je sois au siège de campagne le lundi 2 à 16h. On m'explique que la Chaîne Parlementaire souhaite faire un reportage sur des jeunes militants en campagne et suivre plus particulièrement une personne. J'arrive en retard (comme d'hab') et je discute avec les journalistes. Ils ne résistent pas à mon charme ravageur et décident de me suivre. J'enfile donc la panoplie : le petit micro au col et le gros truc moche derrière accroché au pantalon.

Et c'est parti ! Expédition avec les caméras dans le métro et arrivée au Cirque d'Hiver par les coulisses. Une petite caméra et toutes les portes s'ouvrent... C'est magique le pouvoir de l'image quand même... Je me fais accoster par des gens qui me connaissent (et que je suis sensée connaître !). On me félicite pour la conférence de presse du samedi précédent. On m'indique où il faut que je m'installe, c'est-à-dire avec tous les autres candidats non loin des caméras. Quelle horreur ! Vous vous imaginez assis pendant plus de trois heures tout en sachant que vous ne pouvez même pas bailler sans mettre la main devant la bouche ou décroiser les jambes, sous peine de voir comme par hasard cette image en arrière fond au JT du lendemain... Grâce aux caméras de la Chaîne Parlementaire, j'ai pu m'éclipser avec les autres jeunes en haut. Ouf... Après plus d'une heure de retard, le meeting commence enfin. Je ne vais pas vous en faire le récit, car c'est long et de toute façon, tous les meetings se ressemblent plus ou moins. Je vous renvois au commentaire d'Adrien sur le dernier Meeting au Zénith. Le principe de base est le même : des intervenants (connus si possible), des militants survoltés avec pleins de pancartes, de la musique et des caméras partout. C'est une sorte de défoulloir géant pour les militants un peu démotivés. J'avoue que j'aime bien.

Et après...



Sinon, le reste de la campagne consistait à me retrouver quasi quotidiennement au siège de campagne pour bosser sur des actions à mener et sur des tracts jeunes, à distribuer ces mêmes tracts devant les sorties de RER, les facs, les boulangeries, le parvis de Nanterre, qu'il pleuve ou qu'il vente, à être reactif autrement dit à être connectée 24h/24 sur le Web, à faire des centaines de kilomètres en voiture pour traverser la Seine-et-Marne (qui représente la moitié de la région Ile-de-France en superficie !), découvrir ainsi des contrées inconnues, et surtout à rattrapper les cours séchés pendant toute la semaine.

En plus de tout ça, par la force des choses, je soutenais le candidat socialiste dans mon canton, ce qui signifie deux fois plus de tracts à differ (diffuser) et de réunions publiques à co-animer.



Hormis cela le plus marquant et le plus plaisant dans cette campagne, ce sont les rencontres avec les gens. A plusieurs reprise, j'ai tenté tant bien que mal de réduire leur scepticisme en leur expliquant à quoi sert le vote, à quoi sert une région, et que Jean-Paul Huchon est le mieux placé pour diriger notre région. Ce n'est pas une tâche facile, surtout quand on s'adresse à des gens qui ne veulent rien entendre. En tout cas, en dépit de les avoir tous convaincus, j?ai eu le plaisir de faire connaître les idées radicales aux électeurs.

Un truc sympa aussi, c'est le fait de pouvoir recontrer d'importants hommes et femmes politiques. Mais pour dire vrai, j'en ai vus beaucoup sans en accoster aucun, sauf JPH avec qui j'ai déjeuné dans un RU. J'aurais très bien pu faire en sorte de me faire présenter ou d'aller leur serrer la pince, mais ça ne me disait rien. Et oui, malgré tout ça, le fossé reste énorme entre militants et dirigeants. On n'évolue pas dans le même monde et je n'avais rien de particulièrement pertinent à leur dire non plus.



En tout cas, je ne peux pas nier que cette candidature m?a donné une légitimité et donc une visibilité auprès du PS local. Les Radicaux de ma fédé ont même peur que je les quitte pour convoler avec le PS... Ca ne risque pas !

Conclusion :



Par ma présence, j?ai essayé de montrer aux jeunes que les politiques ne sont pas tous des hypocrites et qu?il est possible de pénétrer ce terrain apparemment hostile ; de même que les femmes sont présentes et actives. Je ne dis pas qu'il faut se confondre dans le moule, dans le système. Si chacun pouvait tirer son épingle du jeu, ce serait formidable. Mais on en n'est pas encore là.

J?ai été heureuse de voir des militants socialistes, Verts et surtout radicaux se donner à plus de 200% pour un objectif commun, pour que Jean-Paul Huchon, et derrière lui toute la gauche, gagnent ces régionales. C'est tellement agréable de voir une Gauche multicolore revivre et se relever enfin de la claque du 21 avril (qui a été la cause de mon engagement au PRG), crier STOP à ce gouvernement de casse sociale prétencieux et hautain qui se moque de ses électeurs après avoir dit il y a deux ans avoir entendu le message des Français... Quelle satisfaction d'avoir un peu contribué à cette belle victoire, d'avoir remis l'UMP arrogante à sa place !



Je suis convaincue que l'engagement politique est primordial surtout pour tous ceux et toutes celles qui souffrent d'un manque de représentativité politique. Tout au long de cette campagne, j'ai encouragé des jeunes, des femmes et des personnes issues de l'immigration (y compris des DOM) à s'engager, à ne pas avoir peur de se lancer en politique, même si les obstacles paraissent nombreux. Il ne faut pas laisser la gangrène conservatrice se propager sous prétexte que l'on aurait aucun moyen d'action. S'engager est la seule manière de ne pas cautionner ce qui nous répulse. Chaque citoyen a le droit, si ce n'est le devoir, de s'exprimer et d'agir. Le vote est indispensable pour faire valoir ses droits de citoyen, mais l'engagement l'est encore plus pour faire entendre sa voix. Il est important d'agir au sein d'associations et de syndicats, mais pour que ces avancées au niveau local puissent être étendues et entendues, il faut que ces actions soient portées au plus haut niveau de l'Etat par un message de solidarité, de fraternité et d'égalité, par un message politique radicalement de gauche.

Evidemment, je ne reproche pas à tous ceux qui ne sont pas engagés politiquement de ne pas avoir de sens civique, loin de là. C'est juste que je ne supporte plus le fatalisme de certains et les critiques d'autres à l'égard de « la politique », comme s'il s'agissait d'une entité mystérieuse et surpuissante aux pouvoirs maléfiques. La politique, c'est aussi moi et vous tous. Si vous trouvez que le système est pourri, faites en sorte qu'il change.

Nous sommes les dirigeants de demain.

Amitiés radicales.
Manuella

NdA : n'hésitez pas à poser vos questions.