Mon utopie
Par Adrien le mercredi, juin 30 2004, 11:53 - politique - Lien permanent
2007 sera une année plus qu'électorale et politique, jugez plutôt : municipales, présidentielles, cantonales (la moitié des cantons), législatives, et sénatoriales (mais ça on s'en fiche pas mal).
Des rumeurs plus qu'insistantes parlent du décalage des municipales en 2008, pour alléger le calendrier et faire en sorte que les communes n'aient pas à payer trop cher (car une élection coûte cher à une commune).
Rêvons un peu, et imaginons donc qu'il ne fait aucun doute qu'une gauche écologique (j'ai
bien dit, une "gauche", pas une social-démocratie à la Blair ou à la Moscovici) remportera
largement ces élections.
Seulement, c'est dans trois ans, et dans quel état retrouverons-nous la France, l'Europe, les Régions, après tant de temps passé à libéraliser et tout casser pour le profit de
quelques uns (mutuelles et assurances, lobbies chimico-industriels, grand patronnat...) ?
Sources : tout ce que j'ai récemment lu et qui mûrit (macère ?) dans ma tête depuis quelques temps (Stop, les livres de Dumont, Voynet, Cochet, la lettre irrégulomadaire de Sortir du nucléaire, la prose interne des Verts, divers articles un peu partout...
Attention, utopie et délires oniriques suivent, je me réserve le droit de censurer tout commentaire non constructif. Pas la peine de me traiter de rêveur ou d'utopiste, j'en suis conscient et je l'assume.
Un champ de ruines
Nous risquons fort de nous trouver face à un champ de ruines sociales, où la plupart des acquis du Front populaire et du Conseil national de la résistance auront été balayés (pour le plus grand bien de la productivité, de la responsabilité, de la croissance ; amen).
Faudra-t-il tout rebâtir comme avant ? Non, évidemment. D'abord parce que ces systèmes se seront effondrés en partie à cause de leur propre poid, mis en faillite par la fin d'une
époque (les Trente glorieuses ou le Plan Marshall par exemple).
De même, il n'est sûrement pas souhaitable de continuer d'organiser la société dans une logique productiviste, qui est la logique qui a prévalu depuis un siècle et demi, grâce à la gauche, grâce à la droite, grâce aux Soviétiques, grâce aux pires libéraux qu'on puisse connaître, grâce aux industriels... et qui nous a mené à la crise écologique dont nous connaissons les prémisses aujourd'hui.
S'il faut reconstruire la société à partir de 2007, il faudra qu'elle soit sobre, conviviale, écologique, humaine.
Sobriété et décentralisation énergétique
Et si EDF disparaissait ? Je ne parle pas de privatisation, je ne parle pas de la mainmise sur un bien commun (l'énergie) par quelques détenteurs de capitaux. Je parle de la transformation d'un fournisseur central d'énergie en un bureau de coordination des énergies.
Je m'explique.
Le principal problème avec l'électricité est qu'elle ne se stocke pas. Sa production de manière centralisée est donc plus ou moins une hérésie productiviste ("produisons beaucoup dans d'immenses centrales pour arroser d'immenses zones"). Dans l'optique, évidemment, d'une sobriété énergétique partagée par les particuliers, les entreprises, les transports et les collectivités, la production dans de petites unités deviendrait valable.
Cette production serait assurée par des coopératives locales, coordonnées par le bureau dont je parle plus haut (dont on peut imaginer des dérivés aux niveaux local, régional, européen...). Ces coopératives et le bureau n'utiliseraient que des énergies renouvelables, et se serviraient du réseau électrique en cas de surplus de production (qui doit rester exceptionnel) pour alimenter les zones voisines.
Il va de soi que ce projet serait mené en parallèle de la dénucléarisation, avec reconversion des ingénieurs. Rien que la sortie du nucléaire prendrait au moins 20 ans. Les coopératives adopteraient l'énergie la plus pertinente selon le lieu : solaire, éolien, géothermie, etc. Elles seraient en partie financée par les collectivités territoriales de leur zone, et assureraient bien plus d'emploi que la production centralisée que l'on connait actuellement. Le but n'est pas de remplacer les centrales nucléaires par des champs de 200 éoliennes, mais de faire en sorte que l'énergie soit produite le plus près possible de son lieu d'utilisation. Une éolienne pour une zone d'habitat, une centrale géothermique pour une zone d'activité, des panneaux solaire ou des chauffe-eau solaires sur les toits... Une éolienne, c'est pas plus joli (ou moins moche) qu'une ligne haute-tension ?
Cette relocalisation de la production énergétique irait de paire avec la re-territorialisation de l'économie...
Produire à proximité
C'est quoi le futur ? La fin du pétrole à bon marché (baisse des réserves et donc de la production) et les obligations de réduire les émissions de gaz à effet de serre (protocole de Kyoto, on rêve vous dis-je !). Voilà qui tombe mal, les transports sont le principal responsable de ces émissions : ce sont les camions et les bateaux qui transportent nos bien de consommation fabriqués en Chine, Roumanie, Tunisie ou Amérique latine (pas trop pour l'Europe ce dernier, mais pour l'Amérique du Nord). Comment va-t-on faire ?
Tout simplement en relocalisant les industries, en re-territorialisant l'économie. On pourrait délocaliser les conseils d'administration mais c'est impossible : il faut bien conserver un marché, donc ne pas paupériser toute la planète, et je doute fort que ce soit même envisagé par les principaux intéressés ^_^ ).
Ce dont je parle, c'est tout simplement la fin de ce gâchis énergétique du transport à outrance des marchandises, produites à 8000 kilomètres de leur lieu de consommation, traversant l'Europe entière pour des coûts de main d'oeuvre plus bas. Ce système existe en raison du coût abusivement bas du pétrole et donc de l'essence. Grâce (ou à cause de...) la flambée des prix probables quand les réserves diminueront, l'intérêt sera moindre d'économiser sur le social et la main d'oeuvre puisque le transport sera beaucoup plus cher.
Cette production de proximité n'est pas un repli sur soi, ni la fin des villes. Un minimum de commerce est bien évidemment à conserver, car tout ne pousse pas partout, tout n'est pas faisable partout (ne serait-ce que pour des questions de main d'oeuvre). Mais l'agriculture sur les toits, une agriculture diversifiée (fin de la monoculture selon les régions et les concentrations ubuesques comme le porc en Bretagne ou le chou-fleur en Normandie).
La production de proximité, valable en France, est aussi valable pour les pays dits "du Sud", qui doivent devenir autonomes aux niveaux économiques et agricoles. Il est aberrant que des pays africains doivent importer du riz ou des céréales alors qu'ils ont toutes les ressources nécessaires (terres, hommes, matériel) pour nourir le pays.
Un revenu universel citoyen
Un revenu pour tous, garanti. Utopie ? Pas si sûr.
J'en avais déjà parlé [après avoir lu un livre d'André Gorz|http://bix.enix.org/index.php/2004/04/15/361-AudelaDuPessimismeLaVolonte||Au délà du pessimisme, la volonté], la perspective d'un revenu universel remet en cause tout notre rapport au travail. Non pas l'activité, mais le travail, celui qu'on a ou qu'on n'a pas, sésame pour l'obtention des droits sociaux (couverture maladie par exemple).
Afin d'éviter que ça ne se transforme pour les femmes en salaire de maternité, chaque citoyen aurait un quota d'heures de travail à effectuer dans sa vie, qu'il pourrait utiliser à sa convenance. Le modèle reste évidemment à trouver, à réfléchir.
Une chose est sûre, ça laisserait du temps pour se consacrer, si on le veut, aux activités considérées aujourd'hui comme improductives mais tellement utile pour la création de "lien social" (même si je n'aime pas cette expression). Prendre le temps de vivre, pourquoi pas ?
Un autre habitat
Isolation par la terre, meilleure ventilation pour éviter d'installer la climatisation, récupération de l'eau...
En finir avec les tuyaux de plomb, les peintures toxiques, les plomberies mal faites...
Il y a une foule de choses simples, à prévoir dès la construction de l'habitat (qu'il soit collectif ou individuel) pour rendre nos maisons moins dispendieuses en énergie, plus agréables à vivre.
Des liens plus intéressants que mes divagations...
Allez, quand j'aurai d'autres idées, je complèterai ce billet.
Putain, 3 ans !




Commentaires
Le problème de décaler les municipales en 2008, c'est que pour les Sénatoriales, en 2007, une partie du collège des Grands Electeurs serait issu d'un corps électoral "périmé", datant des élections de 2001, et dont le mandat aurait été artificiellement allongé. Là dessus, la légitimité de la moitié du Sénat ainsi élu serait assez limitée...
Mais d'un autre côté, les élections de 2001 n'étant franchement pas mauvaises pour la droite (la gauche avait fortement reculé, hormis Paris et Lyon), il y a fort à parier que la majorité actuelle fera tout pour permettre l'élection de sénateurs avec ces élus... Comment ça, un procès d'intention ?
En même temps, ça changera rien pour le Sénat : pour que la majorité bascule à gauche il faudrait trois fois de suite que la gauche gagne les sénatoriales à 70 %. Quand on voit la surreprésentation des petites communes de campagne majoritairement à droite, on se dit que c'est pas gagné.
La razzia par la gauche des Régions n'a apporté que quelques % de grands électeurs de gauche, c'est rien.
Donc, périmés ou non, les grands électeurs pourront voter tranquilles. :)
Il y aurait beaucoup à dire, sur le mélange d'ignorance et de naïveté que contient ta prose (pas inintéressante au demeurant), mais vu ton préambule (".. je me réserve le droit de censurer tout commentaire non constructif ..") tu as manifestement découragé les commentaires... Dommage
Eh ben, Jean, démolit constructivement l'utopie de Bix, et tu ne seras pas censuré.
L'envie de ne pas le faire, c'est de la flemme ou une impossibilité ?
Perso, l'utopie est intéressante, mais malheureusement, je la trouve quasiment futile aux vues des grands enjeux de ce siècle (puisque tu te projettes bien loin).
La crise pétrolière peut entraîner un repli de chaque camp sur son territoire acquis par les guerres et la décentralisation énergétique n'y changera rien, si ce n'est limiter la casse (et limiter la casse, pour une utopie, c'est just, non ?).
Enfin, le Revenu Universel est une idée qui n'a rien de Gauche dans la manière dont il est tenté parfois. Il me semble que Christine Boutin avait proposé un revenu universel, bas, permettant en fait de casser le RMI. Alors je sais, c'est pas du TOUT la même chose de la part d'André Gorz mais donner de l'argent pour que les gens restent chez eux, aux femmes pour qu'elles puissent élever leurs enfants (programme de Le Pen, exemple du bouquin d'André Gorz) me semble être presque un pas en arrière, voire l'accomplissement nouveau d'un vieux mythe gerbant des anarchistes : la petite communauté de travailleurs.
En fait, dans toutes ces choses de décentralisation de l'énergie, de RUC, où se trouve l'Etat ? Que devient sa marge de manoeuvre (que je veux plus puissante que toute autre organisation), son autorité ? C'est peut-être moins bandant, mais le RUC me semble une idée fascinante de soupape au libéralisme le plus violent, entraînant plus de docilité.
Une réponse cher Bix ?
Pas besoin d'attendre 2008 ou 2007 pour s'organiser dans la résistance et voir les choses évoluer dans le bon sens:
Diffusé par dépêche AFP et reçu personnellement par courriel ce jour:
Objet : Vers un réseau national des Collectivités territoriales déclarées « Zone hors AGCS Accord Général sur le Commerce des Services-».
Suite à l »Appel de Paris » lancé le 3 décembre 2002 à lAssemblée nationale par les députés plus dune centaine de collectivités territoriales se sont déjà déclarées « Zone hors AGCS ». A ce mouvement significatif, il convient dajouter la signature individuelle de centaines délus agissant en ce sens dans leurs propres assemblées.
Considérant que cet Accord Général sur le Commerce de Service est fondamentalement attentatoire aux prérogatives des élus ainsi quà leur capacité à respecter scrupuleusement les engagements quils ont pris devant leur population, les collectivités et élus signataires exigent la suspension des négociations de lAGCS.
A lheure où le gouvernement Raffarin vise expressément à privatiser des pans entiers du service public français, la nécessité de créer une association, réseau national des collectivités «hors AGCS », simpose.
Un comité de pilotage a donc été mis en place hier lors dune réunion de travail à Ivry-sur-Seine, en liaison avec lInstitut pour la Relocalisation de lEconomie, fortement engagé dans la lutte contre la marchandisation du monde,
Constitué pour linstant de René BALME, Maire de GRIGNY (69), Geneviève PERRIN-GAILLARD, Députée des Deux-Sèvres, Jean-Claude LEFORT, Député du Val-de-Marne et de Noël MAMERE, ce comité de pilotage sest donné la mission de fédérer, dans le cadre dun réseau national, les collectivités territoriales déclarés « Hors AGCS» et les élus territoriaux nationaux et européens qui se sont engagés en ce sens
Une assemblée constitutive de ce réseau devrait avoir lieu dans le courant du dernier trimestre 2004.
Le 30 juin 2004
Contacts :
René BALME
Geneviève P-GAILLARD
Jean-Claude LEFORT
Noël MAMERE
@anizon :
Où est l'État ? Hé bien, qui verse ce RUC (revenu universel citoyen) ? Qui coordonne les coopératives énergétiques ?
Pour le pétrole, je n'ai pas su quoi dire pour la sortie du pétrole, mais il y aurait des lignes et des lignes, surtout que l'on ne va pas avoir le choix, tôt ou tard.
Quant à dire que je veux qu'on donne un salaire aux femmes pour qu'elles restent chez elles, c'est loin d'être le cas, très loin même. Je ne crois pas l'avoir sous-entendu, au contraire.
Effectivement, je suis au courant des théories ultra-libérales du RUC, mais la différence c'est que le RUC libéral ne permet pas de vivre, même chichement, et n'a pour but que de casser *tous* les minima sociaux. Le RUC dont je parle est un salaire décent, qui n'empêche pas le travail salarié, mais dans une forme forcément nouvelle par rapport à aujourd'hui.
Et pour te rassurer, je n'ai pas beaucoup d'amour non plus pour la "petite communauté de travailleurs", les régions doivent commercer entre elles, une région ne peut tout produire, c'est juste l'hyperspécialisation qu'il faut combattre (tourisme, monoculture, etc.).
Bon, il est un peu tard et c'est pas les meilleures conditions pour débattre de ce genre de problème. :)
Ah oui, je suis conscient des manques de mon programme de changement du monde, veuillez m'en excuser. il manque un paquet de thématiques, mais j'ai la flemme ou l'incompétence d'en parler.