Un champ de ruines

Nous risquons fort de nous trouver face à un champ de ruines sociales, où la plupart des acquis du Front populaire et du Conseil national de la résistance auront été balayés (pour le plus grand bien de la productivité, de la responsabilité, de la croissance ; amen).

Faudra-t-il tout rebâtir comme avant ? Non, évidemment. D'abord parce que ces systèmes se seront effondrés en partie à cause de leur propre poid, mis en faillite par la fin d'une époque (les Trente glorieuses ou le Plan Marshall par exemple).
De même, il n'est sûrement pas souhaitable de continuer d'organiser la société dans une logique productiviste, qui est la logique qui a prévalu depuis un siècle et demi, grâce à la gauche, grâce à la droite, grâce aux Soviétiques, grâce aux pires libéraux qu'on puisse connaître, grâce aux industriels... et qui nous a mené à la crise écologique dont nous connaissons les prémisses aujourd'hui.

S'il faut reconstruire la société à partir de 2007, il faudra qu'elle soit sobre, conviviale, écologique, humaine.

Sobriété et décentralisation énergétique

Et si EDF disparaissait ? Je ne parle pas de privatisation, je ne parle pas de la mainmise sur un bien commun (l'énergie) par quelques détenteurs de capitaux. Je parle de la transformation d'un fournisseur central d'énergie en un bureau de coordination des énergies.

Je m'explique.

Le principal problème avec l'électricité est qu'elle ne se stocke pas. Sa production de manière centralisée est donc plus ou moins une hérésie productiviste ("produisons beaucoup dans d'immenses centrales pour arroser d'immenses zones"). Dans l'optique, évidemment, d'une sobriété énergétique partagée par les particuliers, les entreprises, les transports et les collectivités, la production dans de petites unités deviendrait valable.

Cette production serait assurée par des coopératives locales, coordonnées par le bureau dont je parle plus haut (dont on peut imaginer des dérivés aux niveaux local, régional, européen...). Ces coopératives et le bureau n'utiliseraient que des énergies renouvelables, et se serviraient du réseau électrique en cas de surplus de production (qui doit rester exceptionnel) pour alimenter les zones voisines.

Il va de soi que ce projet serait mené en parallèle de la dénucléarisation, avec reconversion des ingénieurs. Rien que la sortie du nucléaire prendrait au moins 20 ans. Les coopératives adopteraient l'énergie la plus pertinente selon le lieu : solaire, éolien, géothermie, etc. Elles seraient en partie financée par les collectivités territoriales de leur zone, et assureraient bien plus d'emploi que la production centralisée que l'on connait actuellement. Le but n'est pas de remplacer les centrales nucléaires par des champs de 200 éoliennes, mais de faire en sorte que l'énergie soit produite le plus près possible de son lieu d'utilisation. Une éolienne pour une zone d'habitat, une centrale géothermique pour une zone d'activité, des panneaux solaire ou des chauffe-eau solaires sur les toits... Une éolienne, c'est pas plus joli (ou moins moche) qu'une ligne haute-tension ?

Cette relocalisation de la production énergétique irait de paire avec la re-territorialisation de l'économie...

Produire à proximité

C'est quoi le futur ? La fin du pétrole à bon marché (baisse des réserves et donc de la production) et les obligations de réduire les émissions de gaz à effet de serre (protocole de Kyoto, on rêve vous dis-je !). Voilà qui tombe mal, les transports sont le principal responsable de ces émissions : ce sont les camions et les bateaux qui transportent nos bien de consommation fabriqués en Chine, Roumanie, Tunisie ou Amérique latine (pas trop pour l'Europe ce dernier, mais pour l'Amérique du Nord). Comment va-t-on faire ?

Tout simplement en relocalisant les industries, en re-territorialisant l'économie. On pourrait délocaliser les conseils d'administration mais c'est impossible : il faut bien conserver un marché, donc ne pas paupériser toute la planète, et je doute fort que ce soit même envisagé par les principaux intéressés ^_^ ).

Ce dont je parle, c'est tout simplement la fin de ce gâchis énergétique du transport à outrance des marchandises, produites à 8000 kilomètres de leur lieu de consommation, traversant l'Europe entière pour des coûts de main d'oeuvre plus bas. Ce système existe en raison du coût abusivement bas du pétrole et donc de l'essence. Grâce (ou à cause de...) la flambée des prix probables quand les réserves diminueront, l'intérêt sera moindre d'économiser sur le social et la main d'oeuvre puisque le transport sera beaucoup plus cher.

Cette production de proximité n'est pas un repli sur soi, ni la fin des villes. Un minimum de commerce est bien évidemment à conserver, car tout ne pousse pas partout, tout n'est pas faisable partout (ne serait-ce que pour des questions de main d'oeuvre). Mais l'agriculture sur les toits, une agriculture diversifiée (fin de la monoculture selon les régions et les concentrations ubuesques comme le porc en Bretagne ou le chou-fleur en Normandie).

La production de proximité, valable en France, est aussi valable pour les pays dits "du Sud", qui doivent devenir autonomes aux niveaux économiques et agricoles. Il est aberrant que des pays africains doivent importer du riz ou des céréales alors qu'ils ont toutes les ressources nécessaires (terres, hommes, matériel) pour nourir le pays.

Un revenu universel citoyen

Un revenu pour tous, garanti. Utopie ? Pas si sûr.

J'en avais déjà parlé [après avoir lu un livre d'André Gorz|http://bix.enix.org/index.php/2004/04/15/361-AudelaDuPessimismeLaVolonte||Au délà du pessimisme, la volonté], la perspective d'un revenu universel remet en cause tout notre rapport au travail. Non pas l'activité, mais le travail, celui qu'on a ou qu'on n'a pas, sésame pour l'obtention des droits sociaux (couverture maladie par exemple).

Afin d'éviter que ça ne se transforme pour les femmes en salaire de maternité, chaque citoyen aurait un quota d'heures de travail à effectuer dans sa vie, qu'il pourrait utiliser à sa convenance. Le modèle reste évidemment à trouver, à réfléchir.

Une chose est sûre, ça laisserait du temps pour se consacrer, si on le veut, aux activités considérées aujourd'hui comme improductives mais tellement utile pour la création de "lien social" (même si je n'aime pas cette expression). Prendre le temps de vivre, pourquoi pas ?

Un autre habitat

Isolation par la terre, meilleure ventilation pour éviter d'installer la climatisation, récupération de l'eau...
En finir avec les tuyaux de plomb, les peintures toxiques, les plomberies mal faites...

Il y a une foule de choses simples, à prévoir dès la construction de l'habitat (qu'il soit collectif ou individuel) pour rendre nos maisons moins dispendieuses en énergie, plus agréables à vivre.

Des liens plus intéressants que mes divagations...


Allez, quand j'aurai d'autres idées, je complèterai ce billet.

Putain, 3 ans !

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