Edwy Plenel taille un costard à Laurent Fabius dans son édito du Monde2 (obligé de l'acheter, 2,50 euros non mais, merci Colombani et Plenel justement...)

Voici quelques passages pour quand l'article sera dans les archives payantes :

[Il y a deux ans, Laurent Fabius écrivait] "Au XXIe siècle, être socialiste, c'est penser que le monde est notre village, et non que le village est notre monde. La République ne prend tout son sens que dans un horizon qui la dépasse."

Le "non" dont s'habille Laurent Fabius, pour d'évidentes raisons franco-françaises internes au PS, est un non sans passé ni bilan, un non amnésique. C'est la proclamation de l'impuissance de la politique : je ne peux rien, l'Europe peut tout ; changeons d'Europe, je pourrai tout. Car voici un responsable, peu ou prou aux affaires de la nation depuis un quart de siècle, qui vient nous dire que l'Europe détient à elle seule la clé des échecs de la gauche française face au chômage, à la crise, aux inégalités sociales, aux ghettos, etc. ! On aurait aimé entendre, voire se souvenir, de propositions originales par leur audace et leur radicalité du même Fabius sur nos institutions monarchiques, sur la panne de l'ascenseur social, sur les ratés du creuset républicain, sur notre ouverture au monde, sur les relations franco-américaines, sur la guerre en Irak...

En conclusion :

Paradoxalement, l'argumentaire de Laurent Fabius discrédite le "non" de conviction, ce "non" souverainiste ou altermondialiste qui s'est déjà exprimé lors du référendum sur Maastricht. Il n'y a certes pas de raison d'Etat européenne qui obligerait au "oui" - ce serait même la pire des pédagogies. Mais il y a une certaine idée de la politique qui oblige à ne pas se moquer de l'intelligence des citoyens. Personne ne peut croire que l'échec de la gauche française en 2002 tout comme son incapacité latente à penser la complexité du monde et à représenter les classes populaires vient de la seule contrainte européenne.

Non pas que j'aime Edwy Plenel, mais voir Fabius et ses manœuvres bizarroïdes torpillés par un éditorialiste, ça fait toujours plaisir.

Mais le plus drôle dans tout ça, ou le plus triste, c'est qu'on n'est même pas sûr que le référendum aura lieu. Chirac a beau l'avoir promis, on sait ce que sont ses promesses. Et on n'est pas à l'abri qu'un pays la refuse avant, ce qui ferait tout tomber à l'eau. C'est horrible, VGE ne s'en remettrait pas (et là je viens d'en convaincre quelques uns de voter "non" ;) )