Arguments de merde
Par Adrien le lundi, septembre 27 2004, 16:15 - référendum 2005 - Lien permanent
Autant j'aurais plutôt tendance à pencher pour le oui à la Constitution européenne actuelle, autant je ne cède pas à une approbation béate, comme si le projet européen était la réponse à tous nos maux et une manifestation de l'humanisme façon Renaissance, pouvant justifier l'abandon du projet REACH par exemple.
De même, je trouve hallucinant le lynchage médiatique auquel ont droit les opposants à la Constitution. Alors quoi ? On ne peut pas dire ce qu'on pense ? Pour Fabius, encore, je peux comprendre tellement est incompréhensible sa prise de position (même en interne), le tourner en ridicule relève finalement de la solution de facilité pour les éditorialistes. Mais les autres, dès lors que c'est argumenté, méritent qu'on les écoute, qu'on leur réponde poliment sans pour autant s'étriper, pour confronter les idées et... le débat, voilà, c'est le mot que je cherchais.
Il y a aussi les arguments à la con en faveur du "oui". Julien Dray, en tant que porte-parole socialiste, en a donné un exemple en exhortant à voter oui, sans quoi le parti socialiste français serait isolé en Europe ! D'abord c'est faux, car les socialistes maltais sont aussi prêts à voter non, ensuite Poul Nyrup Rasmussen, le président du PSE, est Danois, et le Danemark n'a même pas l'euro... De plus je ne trouve pas l'argument grégaire très convaincant, mais sans doute Julien Dray a-t-il trop l'habitude de mener sa Gauche socialiste comme il l'entend.
Pour convaincre du oui je préfère des arguments raisonnables (pas la peine de partir dans des grandes tirades de lendemains qui chantent chantonnent murmurent sussurent) et réalistes (l'Europe est à droite, on doit faire avec). Ensuite, ce n'est même pas sûr que le référendum ait lieu, un pays peut refuser la Constitution avant par exemple. Tout cela aura alors eu toute la consistance d'un piège orchestré par Chirac pour que la gauche se déchire, surtout le PS (mention spéciale à Fabius).
Heureusement, on peut s'amuser avec l'Europe et ses institutions !




Commentaires
Prendre le Parti travailliste maltais en exemple ne me paraît pas très judicieux : ce sont les mêmes qui s'opposaient à l'entrée dans l'UE par crainte que l'union n'attente à leur identité maltaise, par exemple. Sans parler du fait que la vie politique maltaise a longtemps senti le soufre si l'on en croit L'Express : « Arrivés au pouvoir en 1971, c'est-à-dire peu après l'indépendance et le départ des Britanniques (1964), les socialistes du Parti travailliste maltais (MLP) sont engagés dans une dangereuse dérive autoritaire. » (extrait de www.lexpress.fr/info/mond... ; les 3 derniers paragraphes). Bref, n'ont pas l'air d'être exemplaires les socialistes maltais.
Quant à « l'Europe est à droite, on doit faire avec », c'est aussi stupide que la déclaration de je ne sais plus quel dirigeant de l'UKIP qui voyait dans l'Europe une hydre socialo-communiste voulant assujettir la vertueuse Grande-Bretagne. (Désolé pour le manque de précisoion, ce n'est qu'un vague souvenir télévisuel). L'Europe n'est pas d'essence "droitiste" ou "gauchiste", à mon avis, elle est ce que nous décidons d'en faire.
Voilà, désolé d'avoir été aussi long... :)
J'entends la critique adressée au brave Juju (autrement appelé "le gros" dans ses rangs mais chut ! il n'aime pas ça) et je suis d'accord avec ta remarque. Je me fous que le PS français soit isolé mais force est de constater que dans une Europe à 25 et donc à 25 PS, si 2 ou 3 ne pensent pas comme les autres, on ne vas pas chipoter sur les mots : ça relève bel et bien de l'isolement. En outre, en tant que socialiste française je dois avouer que je suis sensible à l'idée d'un consensus socialiste européen autour de ce projet. Le consensus n'exclut pas le débat et d'ailleurs, indiscutablement, le débat a lieu dans les rangs socialistes ici et ailleurs. Je suis également sensible aux partisans du "non" (Fabius mis à part, quel conn..d !) mais j'ai l'intime conviction que l'Europe sociale ne peut être que le fruit de compromis excluant, de fait, la rhétorique démago-gauchiste du "tout ou rien". Chaque droit fondamental, chaque reconnaissance des acteurs syndicaux, chaque affirmation de la lutte contre les discriminations et le sexisme, chaque progrès démocratique doit être pris.
Tout ce qu'il y a à prendre de bon doit être pris. Dussè-je flatter l'égo d'un Chirac déclinant.
PS (ha ha!) : Ton blog est vraiment illisible.
Finalement ton blog est lisible. Merci !
@NC : mon allusion au PS maltais était une boutade, je devrais vraiment faire attention à souligner de plusieurs clins d'il mes seconds degrés, désolé.
Au sujet de l'Europe à droite, c'était pas pour parler d'une fatalité, mais pour évoquer l'état actuel des gouvernements des 25 : une immense majorité sont à droite, et quand ils sont socialistes, c'est Blair ou Schröder. Mais ça peut changer, aux Européens de voter.
@Raf : ouais, il est de plus en plus gros le Dray.
« mon allusion au PS maltais était une boutade »
Ah, mille (sincères) excuses alors... Comme prétexte, on dira que mon cerveau n'était pas encore rentré de week-end...
je n'ai pas bien compris la référence au programme REACH - peux-tu stp élaborer ?
je sais que REACH est sous pression pour être "allégé", as tu source info quant à un abandon ??
Il est vrai, il y a un gros lynchage des opposants à la Constitution. Cependant, surtout concernant les opposants du PS ou même ceux de la LCR (qui est de toute façon opposée à l'Europe), les arguments sont complètement bidons et il n'y a pas que Fabius qui utilise ce non pour des raisons de luttes intestines...
Croire que le libéralisme va être ancrer à jamais à cause de ce traité, que les délocalisations vont être favorisées, que les libéraux vont vivre leur heure de gloire, tout ça est complètement con. Le traité a le mérite de limiter certains excès d'un capitalisme jusque là quasi débridé, y compris par les nombreux traités qui continueront à s'exercer même si la constitution n'est pas appliquée. Et même si je suis bien plus proche de Mélenchon que de Strauss-Kahn, les raisons invonquées par le premier pour voter non sont principalement des erreurs (volontaires) de jugements de ce qu'est la réalité politique.
Parce que, sans être pessimiste, dans cette période très rude, dominée politiquement par la droite, en pleine reconstruction d'un modèle socialiste, le moins pire doit être toujours recherché. Ne nous payons pas le luxe de laisser la Constition à la droite seule, en nous enfermant dans le camp des nationalistes, dont leur argumentaire pour le non est beaucoup plus cohérent que celui du PS.
Et puis, Malte, on va pas se mentir, c'est l'ïle d'Oléron...
PS : a pu le "zoupla" ?... Ouiiiiiinnnnnn
@tao : les produits concernés par ce programme sont passés de 30 000 à 10 000, ça équivaut pour moi à un abandon. Et ce n'est pas fini.
Lire le Canard Enchainé de cette semaine.
@Oguede : Oléron ou Belle Île ? :) Le "zoupla" reviendra, je l'avais oublié.
Je suis tombé ici par hasard, c'est la première fois que je tombe sur un blog exprimé en français respectant les usages, avec des idées et une argumentation convaincante. Félicitations, je reviendrai.
Et je me permets d'en rajouter : l'utilisation d'<acronym>, c'est élégant, et j'en vois partout ici. Fantastique.
Par contre en ce qui a trait à l'adoption de la Constitution européene, je ne sais trop quoi en penser, mais il faudra m'excuser : de ce côté-ci de l'Atlantique, la presse est en ce moment obnubilée par les élections états-uniennes. De toute façon elle ne fait allusion à la politique française qu'au lendemain des présidentielles, alors...
Pour un parti qui se veux internationaliste, c'est normal de regarder ce que pensent les autres partis socialistes.
Quant on veut faire une politique européenne, il faut penser à l'échellon européen.
Dray est gros parce qu'il fait partie du club des parlementaires fumeurs de cigare, il doit accompagner ça d'un cognac et le cognac ça fait grossir.
"l'Europe est à droite, on doit faire avec" donc on doit voter à droite ?
Normalement, la démocratie c'est accepter le choix de la majorité APRES le vote, pas avant.