La webisation des applications ajoute un nouveau but à la guerre des navigateurs à laquelle on assiste entre Internet Explorer et les autres. C'est une des raisons de la médiocrité d'Internet Explorer, pourquoi Microsoft abandonnerait-il ses vaches à lait Office et Windows, qui lui apportent 80 % de marge, en supportant des applications web très avancées ? Toutes les problèmatiques actuelles autour des standards du we et des technologies ouvertes (XUL, javascript, CSS...) peuvent être vues sous l'angle de l'arrivée massive des applications web et de l'utilisation du navigateur comme plate-forme.

Il se pose aussi le problème du stockage des données, du rôle du poste de travail. Doit-il devenir un poste sans aucun disque dur ? Avec des données stockées sur un serveur commun (dans le cadre d'une entreprise) ? L'ordinateur personnelle gardera sûrement un disque dur pour garder ses fichiers, mais un employé peut très bien ne pas avoir le contrôle de son disque dur. Après tout, l'ordinateur qu'il utilise ne lui appartient pas et n'est qu'un outil de travail...
Mais dans ce cas, comment sécuriser les données lors de leur transfert ? Qu'est-ce qui est géré par le client ? par le serveur ? La connexion avec le serveur doit être extrêmement fiable. Actuellement, si la connexion lâche, seules les tâches nécessitant le réseau sont interrompues (courriels, échanges de fichiers : le téléphone peut de plus pallier certaines déficiences). Mais dans un univers de ''network computer'', sans connexion c'est toute la production de travail qui est interrompue : on n'a plus accès aux applications ! Imaginez un peu...

Enfin, quel modèle économique pour ces logiciels ? Allons-nous assister au triomphe des logiciels libres ou à la victoire des systèmes de location de logiciels (augmentant par là même la captivité du client) à la .Net ? Car de vrais logiciels vont se webiser. Du webmail et formulaire d'inscription on va passer au traitement de texte (déjà préfiguré par les gestionnaires de contenu comme Spip), des applications de plus en plus opérationnelles si j'ose dire.

Je n'ai pas connu le passage de la ligne de commande à la fenêtre, et j'utilise les deux. J'utilise aussi de plus en plus des applications web au quotidien (Dotclear et Bloglines surtout, et un peu Gmail, qui préfigure peut-être l'avenir). Le passage à la page comme base de l'interface ne modifie pas tant que ça le rapport au logiciel, mais je pense qu'il modifie le rapport au réseau : partout, tout le temps, hyper fiable.