En 1998, les futurologues s'étaient plantés au sujet d'internet
Par Adrien le jeudi, février 24 2005, 11:33 - blogosphère & internet - Lien permanent
Il y a à peine 5 ou 6 ans, l'avenir d'internet en général et du web en particulier semblaient tout tracés : des débits de plus en plus rapides allaient permettre de sortir du carcan de l'html, on allait voir exploser les sites multimédias interactifs, les web-TV, les voice-mails, le web par la voix et quantité de choses promises par les start-up de l'époque et les utopies d'alors sur les "autoroutes de l'information".
Plus politiquement, le web et internet semblaient voués à n'être qu'un instrument marchand, un espace uniquement capitaliste (et parfois pédo-nazi terroriste). Le Réseau des réseau serait bientôt entièrement aux mains de quelques groupes financiers et finalement, son développement ressemblerait à celui des TV-networks états-uniens.
Et pourtant...
Qu'a-t-on aujourd'hui ? On a une explosion de l'écrit : blogs et wiki, les nouveaux outils à la mode, sont des odes à l'écrit, personnel ou collaboratif. Partout dans le monde (connecté, ça va de soi), la prédominance de l'écrit continue par rapport à la vidéo et au son, qui ne sont que des compléments. Rien n'est aussi souple que l'écrit : on peut le copier, le tronquer, le modifier, l'augmenter... tout ceci est impossible avec la vidéo et le son sans des connaissances et des outils adéquats.
Un blog s'ouvre toutes les 7 secondes dans le monde (sans présager de sa qualité, bien entendu), l'encyclopédie collaborative et libre Wikipedia contient plus d'un million d'articles en plus de 25 langues (dont 85 000 en français). Le courriel avait réhabilité la correspondance, le blog réinvente le carnet de voyage, le journal de bord, le carnet de notes.
Conformément aux prévisions, les débits ont augmenté. Mais ils ne servent pas tant pour le web que pour l'échange de fichiers via des plateformes de P2P qui échappent complètement à la logique marchande. Les tentatives pitoyables des lobbies musicaux et cinématographiques, avec Pascal Nègre en fer de lance, pour préserver un modèle économique moribond, sont vouées à l'échec à long terme.
Des sites qu'on pourrait qualifier de "citoyens" ont éclos un peu partout, montrant que le web n'était pas qu'une immense vitrine mais pouvait et allait devenir une nouvelle agora. Même les plus réticents des groupes politiques ont fini par investir le web pour trouver de nouvelles formes de communication et de militantisme envers l'électorat potentiel.
Alors certes, le réseau physique, sans lequel je ne pourrais même pas imaginer envoyer un courriel ou publier sur un blog, appartient à des entreprises privées comme Cisco, quasi monopolistique. Certes, 95 % des systèmes d'exploitation dans le monde sont la propriété d'un seul et unique éditeur.
Mais quelle différence avec ce qu'on nous avait promis en 1998 ! Les trois quarts des serveurs sont libres grâce à Apache, le navigateur Firefox gagne très rapidement des parts de marché, Linux devient de plus en plus simple d'utilisation et la bataille des brevets logiciels est en passe d'être gagnée en Europe.
L'utopie d'un espace avec toute la connaissance humaine à disposition est en passe d'être réalisée. Je ne me fais aucune illusion sur les intérêts commerciaux de Google à mettre en ligne 15 millions de titres libres de droit, ni sur le fait qu'avoir accès à la connaissance n'implique pas forcément pouvoir s'en servir, ni d'en avoir les capacités et l'éducation nécessaire.
Je me dis juste que, peut-être, nous allons réussir à désacraliser internet, nous le réapproprier ainsi que le reste de l'informatique.




Commentaires
à modifier : le lien vers la distribution Ubuntu : ubuntulinux.org/
> la bataille des brevets logiciels est en passe d'être gagnée en Europe.
ouuuuuuuh je ne m'avancerais pas aussi vite sur ce sujet à ta place. Malheureusement, je pense que c'est loin d'être gagné :-/
kNo': merci c'est corrigé.
LaurentJ: j'essaie d'être optimiste, et il y a tout de même des chances que la bataille soit gagnée. Ca n'interdit pas de rester vigilant et combatif.