J'ai présidé une réunion d'un jour et demi
Par Adrien le lundi, avril 11 2005, 14:20 - militantisme - Lien permanent
Gros week-end que ces 9 et 10 avril 2005.
J'ai en effet présidé la Coordination fédérale des Jeunes Verts, c'est-à-dire la trentaine de délégués des groupes locaux une partie de l'exécutif fédéral et les militants venus observer (principalement Parisiens et Franciliens pour ces derniers).
Il y eu de la sueur et des larmes, mais pas de sang (encore que ce n'est pas passé loin). Cela a commencé par des croissants le samedi matin et a terminé en psychodrame pathétique et navrant. Néanmoins, je, nous, nous, nous et nous sommes plutôt contents.
Récit synthétique et forcément subjectif de ce week-end passé à essayer d'être impartial dans les prises de parole et à faire respecter les délais de l'ordre du jour.
Veillée d'armes
Je disais que ça avait commencé par des croissants le samedi matin, en fait c'est faux. Nous nous sommes vus la soirée précédente pour définir nos positions sur les motions qui allaient devoir être discutées. Si la motion écrite par le groupe Paris sur le TCE était évidemment notre favorite, qu'allaient devoir voter nos délégués pour la motion anti-JO, désobéissance civile, et déchets ainsi que tous les amendements proposés. Il nous fallait aussi nous mettre d'accord sur la manière dont allaient être amenées les questions délicates en ce qui concernait le bilan de l'exécutif actuel.
On a fini tard, bien sûr, et la nuit fut trop courte. Le lendemain matin, en arrivant à 9h00 au local des Verts Île-de-France, j'avais un nœud au ventre : jamais je n'avais présidé une telle réunion, ni en taille ni en enjeu[1].
Samedi, le calme...
J'ai dit que le samedi avait commencé par des croissants et du café, c'est un peu faux. En fait ça a commencé d'emblée par une attaque : un membre de l'actuelle majorité (appelons le Z.) est venu me sommer de co-présider la séance avec un membre du bureau exécutif. "Non" est ma seule réponse, je veux co-présider avec Yann, je co-présiderai avec Yann. C'est le groupe qui accueille qui préside la Coordination, comme ça s'est fait à Amiens et à Lyon, les deux dernières. On me sort les statuts : "c'est dans l'article untel..." "Z., tu sors les statuts quand ça t'arrange, je co-préside avec Yann, point barre. Ca fait deux semaines qu'on sait qu'on fera comme ça, on change pas ce matin."[2]
L'ordre du jour aurait dû être fourni deux semaines avant la date de la réunion. Nous l'avons eu vers minuit la veille, autant dire au matin. Nous décidons de le modifier en faisant voter toutes les motions le samedi et de discuter du bilan de l'exécutif le lendemain. Décision adoptée par tous les délégués présents. Tout ayant été hors-délais pour cette réunion, l'ordre du jour n'a d'ailleurs été qu'une immense improvisation. Ceci dit il a été tenu, et ce dans les temps.
J'ai un peu oublié l'ordre des débats de motion. En tant que président de séance, je n'avais pas trop le temps de m'ennuyer : il faut écouter, prendre les tours de parole, ménager les susceptibilités, clore les tours de parole, rester inflexible, rester dans les temps, calmer certains protagonistes qui s'enflamment. J'imagine que certaines personnes ont dû s'ennuyer un peu, l'étudiante de Sciences Po venu nous observer a dû quand même halluciné en découvrant les prises de tête dont nous sommes capables.
Nous avons quand même pu (enfin) prendre une position sur le TCE : "oui" à 72 %. Le passage de la motion relative à cette position n'était ensuite plus qu'une formalité. Les tenants du "non" ont été invités à ne s'exprimer qu'en leur nom propre, les Jeunes Verts ne peuvent associer leur nom au "non". Ca parait logique mais ça va mieux en le disant.
Pause déjeuner (en avance sur l'horaire prévue !) au resto universitaire de la Cité U internationale de Paris. Le PS organise une journée du projet dans les locaux de la Cité, nous déjeunons à côté de socialistes, dont certains qui s'étonnent que des jeunes comme nous puissent défendre le "oui". L'argument de l'âge est à manier avec précaution, ça m'énerve toujours les "vieux" qui renvoient à l'âge de leurs "jeunes" interlocuteurs. Quand ça m'arrive, je me flagelle mentalement d'ailleurs et repense qu'il y a bien des jeunes au PCF, des jeunes à l'UDF et même des jeunes à l'UMP ![3]
Rebelote les motions l'après-midi, mais on doit se dépêcher pour être à l'heure pour Paris Jungle. D'autant que la météo est menaçante et que l'on veut profiter des quelques rayons de soleil. Les tracts et les costumes sous la pluie, c'est pas top. Pour ma part, je fais une heure de diff avec masque et chemise à motifs léopard, réponds à quelques questions de passants et invite un jeune homme à nous retrouver jeudi prochain pour notre AG où sera présent Alain Lipietz.[4]
Une heure de diff seulement, car je voulais aller au salon de l'emploi public. Ambiance fin de salon, les exposants étaient fatigués. J'ai néanmoins eu les réponses à mes questions : concours, diplôme, qualité du Celsa, etc. J'ai choppé pas mal de brochures.
Ensuite, dîner à la Passerelle où je retrouve quasiment toutes les personnes présentes à la réunion dans la journée. Impressionant. Je vois une masse impressionante de cheveux penchée sur un petit Mac... Lunar ! C'est ici sa deuxième maison. Il me demande si le logo "oui" en haut à gauche est une blague. Bien sûr que non, je l'invite donc à lire les billets dans la rubrique oui pour l'Europe. Puis je le laisse pour rejoindre mes camarades. Ce fut une bonne ambiance toute la soirée, avec des discussions un peu houleuses sur le TCE, mais dans le respect des deux parties.
Dodo chez Michel, pas envie de me lever trop tôt, on reprend à 9h30 dimanche. Nuit trop courte aussi. Je rêve de casse, de cassage de gueule avec des visages vus pendant la réunion. Putain d'inconscient.
Dimanche, la tempête
Ambiance plus tendue dès le début. On va attaquer les choses qui fâchent. On commence doucement par la présentation du matériel de campagne. Dominique Normand, membre du Collège exécutif en charge notamment de la jeunesse (en plus de la recherche, des TIC et de la culture) arrive une demi-heure en avance sur l'horaire prévue dans l'ordre du jour, mais en fait c'est normal, me dit-on. Soit.
Dominique n'a pas dû être déçue du voyage... Tous les points dont elle voulait parler avec nous posaient problème : relations avec Chiche[5], organisation d'un camp d'été avec eux, relations avec Fac verte...
Avantage : elle se sera aperçu que les Jeunes Verts ne sont pas monolithiques et en bloc derrière ses deux ou trois interlocuteurs privilégiés. Pendant qu'elle partait, petit tour des groupes locaux pour qu'ils nous fassent part de leurs actions locales passées et à venir[6]. C'est toujours intéressant d'être au courant, ça peut en plus permettre des échanges. Mais l'heure filait, la fin de l'ordre du jour, fixée à 13h30, approchait à grands pas...
Nous passons finalement au bilan de l'exécutif. Notre trésorier est le seul membre présent (le pauvre). Après un bien maigre bilan moral, nous avons droit à un bilan financier que personne ne comprend. L'horreur intégrale étant que nous découvrons à mesure du bilan l'incompétence de notre trésorier. Un secrétaire incompétent, c'est embêtant. Un coordinateur incompétant, c'est une mauvaise image mais ça se rattrape. En revanche, les sous, ça demande d'être carré.
On s'engueule, on se déchire... On propose à notre trésorier de revoir sa copie et de l'envoyer sur les listes de diffusion. Arrive la proposition technique d'avancer l'assemblée générale élective d'août à juin, afin de permettre une transition en douceur pendant les deux mois d'été. Le nouvel exécutif prend ainsi ses fonctions vraiment en septembre, pas en novembre. C'est de l'efficacité.
Et là, c'est le drame.
Lâché par tous ses stratèges attitrés, notre trésorier craque, s'emporte, dénonce des manoeuvres grossières, accuse Michel de tout faire pour sa gueule et d'avoir quelques lèches-cul avec lui. La suspension de séance ne calmera pas les choses. La plupart des délégués opposés à cette infime modification du calendrier s'en vont, pratiquant ce qu'on appelle la politique de la chaise vide. Il faut dire qu'un rapide calcul des "forces" en présence assurait la majorité pour cette décision. C'est évidemment adopté à une large majorité des présents, à une voix contre et 5 abstentions.
La fin fut donc moins cordiale que le début, mais les objectifs étaient atteints : prendre une position claire et nette sur le TCE, valider le matériel de campagne, avancer l'élection du bureau national pour assurer une transition en douceur et commencer le boulot dès septembre.
Je garderai comme souvenir les rencontres avec d'autres groupes locaux dont Dominique, de Nantes[7], voir quelqu'un qui pleure en réunion[8], les compliments (nombreux) sur la qualité de notre présidence à Yann et moi (ça fait toujours plaisir).
Maintenant...
Maintenant, on prépare l'AG de juin, qui a toutes les chances d'être organisée à Saint-Denis, le 18 juin. La présiderai-je ? Peut-être... C'est encore plus de monde, et encore plus d'enjeu. Chouette. J'espère que vous aurez apprécié cette petite incursion dans le tout petit monde politique du mouvement de jeunesse des Verts, qui tiennent bien de leurs aînés, hélas.
Bon, vous m'excuserez, je vous laisse, j'ai rendez-vous juste après le taff avec une journaliste du Nouvel Obs pour parler de Paris Jungle. Penser à acheter le prochain numéro tiens.
Notes
[1] Ceci dit, restons modestes, le mouvement des Jeunes Verts - la Souris verte ne compte que 130 adhérents. Oui, nous faisons bouger les masses de jeunes...
[2] J'ai apparemment impressionné Fred, qui m'a qualifié de "gaullien" pour ce passage. Je suis "celui qui a dit non". ;-)
[3] On les appelle les JUMP, c'est d'ailleurs le nom qu'ils se donnent parfois.
[4] Je parle en connaissance de cause, venir à une première réunion où les gens se foutent sur la gueule et sans discussion politique de fond, ça dégoute pas mal. Là au moins, s'il vient, il aura du fond.
[5] Chiche, c'est une petite bande d'écolo-gauchistes qui fait campagne contre le TCE et contre les Verts, refuse les élections et prend systématiquement les positions les plus radicales, histoire que ce soit inapplicable. Autant dire qu'on a dans nos statuts et notre organisation peu de chose en commun. Cela vous parait évident ? Pas à tout le monde...
[6] J'ai appris à cette occasion que la grande mode était de rejoindre des collectifs, pour tout et n'importe quoi. Outre le fait qu'il faut faire très attention aux membres des collectifs, il faut bien être conscient que rejoindre un collectif équivaut à signer l'appel auquel on adhère totalement. Je n'ai malheureusement pas senti ce raisonnement chez les Jeunes Verts qui en parlaient, nous avons même eu droit, pour la motion anti-JO une réflexion comme quoi signer un collectif n'impliquait pas qu'on était d'accord avec tout. Ah bon ? A quoi ça sert alors ?
[7] Dont je suis tombé amoureux, comme pour Aurélie Filippetti. Il va falloir que je me calme.
[8] D'ailleurs, si cette personne veut continuer en politique, elle a intérêt à s'armer un peu plus parce qu'elle est mal barrée sinon.







Commentaires
Ayant eu à subir Chiche dans des réunions altermondialistes, je ne peux que compatir : ils sont effectivement méga-chiants ;-)
Tu as du bien dormir...
Je ne sais plus si je t'ai félicité ou pas pour ta prestation, donc au cas où je te re-félicite !
Je suis en train de me dire que finalement, c'est pas un drame si je me suis foulée la cheville ;).
(au fait, dans la rubrique "on s'en fout", j'ai rencontré une personne d'ATTAC, *pour* le TCE. Je rencontre plein de curiosités moi:), je sais pas comment je me debrouille... )
Wah, sympa :)
Vivement plus de rapports de ce genre, c'est bien de voir comment ca marche tout ca.
« D'ailleurs, si cette personne veut continuer en politique, elle a intérêt à s'armer un peu plus parce qu'elle est mal barrée sinon. »
C'est fou les choses différentes qu'on peut mettre derrière ce mot. Mais visiblement, les ressentis de chacun-e n'ont pas l'air de compter beaucoup dans vos débats...
J'ai adoré ce post.
Voir l'autre côté d'un parti, c'est cool.
Ça change de la façade qu'on voit toujours à la télé.
@Lunar : les ressentis, c'est bien gentil, mais il faut quand même se contrôler un minimum pour faire de la politique. Tu conçois de voir un/une politique avec les larmes aux yeux à la télé ?
> Tu conçois de voir un/une politique avec les larmes aux yeux à la télé ?
D'après ce que j'ai lu... Martine Aubry, le soir du 21 avril 2002 ?
> C'est fou les choses différentes qu'on peut mettre derrière ce mot. Mais visiblement, les ressentis de chacun-e n'ont pas l'air de compter beaucoup dans vos débats...
Il faut replacer ca dans le contexte : disons que cette personne se savait en minorité, et n'a rien fait pour présenter son bilan un peu mieux que d'habitude. Dans cette situation tes "amis" ne peuvent pas t'aider faute d'arguments et tes "ennamis" en ont des tout trouvés ...
Maintenant je suis d'accord avec Bix, il faut qu'il change : on l'a attaqué à un niveau raisonnable, en lui demandant de reconnaitre qu'il n'avait rien fait et de refaire son travail. Suite à ca il n'a pas réagi comme Martine Aubry - de la tristesse - mais avec de la rage. Sortir de ses gonds c'est tout sauf constructif en politique, surtout entre "amis"....