Le plus marquant dans cette période, c'est le nombre et l'affluence aux manifestations quasi quotidiennes de lycéens et d'étudiants. On a assisté à une prise de conscience accélérée de l'importance d'aller voter, de faire entendre son choix. Les personnes parties en week-end sans voter ont été culpabilisées, les abstentionnistes montrés du doigt... La participation exceptionnelle au deuxième tour faisait croire à un regain d'activité politique, les partis voyaient affluer ceux qu'on allait appeler "les adhérents du 21 avril" et bien sûr, les collectifs ou associations politiques fleurissaient.

Je voudrais revenir sur ce dernier point, les collectifs. Alors qu'un million de personnes se pressaient à République le 1er mai, les journaux comme Libération, les JT, ne juraient plus que par ces nouveaux militants entrés en politique après le choc du 21 avril, ce "séisme".
Là, attention, on allait voir ce qu'on allait voir. Ils arrivaient, ces vrais militants aux nouvelles méthodes, et allaient révolutionner la façon de militer. Les partis traditionnels pouvaient dores et déjà trembler sur leurs bases qu'ils avaient de toute façon fragiles ! Plus rien ne serait comme avant, et c'était tant mieux, le peuple de France revenait militer, tout le monde s'en félicitait.

Et puis ? Rien, ces collectifs ont disparu du paysage méditico-politique aussi vite qu'ils étaient apparu. Certains militants ont peut-être rejoint des partis classiques de gauche (PS, Verts, LCR, PCF...), d'autres sont sûrement retourné à leurs occupations habituelles. En un sens c'est rassurant : on ne construit pas la légitimité d'un mouvement politique sur une simple date et un unique combat contre le FN et Le Pen.[1]

Et puis ? Toujours rien. Le 5 mai passé, le Borgne éliminé et renvoyé à ses 18 %, le soufflé est retombé. Daniel Mermet s'est remis à parler des pauvres mais sympathiques et tellement accueillants honduriens, Libé a refait des portraits sur Beigbeder, les JT ont remplacé l'insécurité par la nécessité de réformer les retraites et Nicolas Sarkozy. Tout était comme avant. La participation aux législatives de juin ? Une catastrophe, comme le premier tour des présidentielles. Retour à la case départ, et Chirac pour 5 ans de plus.[2]

Néanmoins, ce furent 15 jours assez difficiles, tant sur le plan personnel que sur le plan politique. Larmes, chagrin, colère, incompréhension et incommensurable tristesse se mélaient pour former un sentiment difficilement exprimable. Des évènements trop liés entre eux pour ne pas penser à l'un sans l'autre, des dates que personnes n'oublient et qui à chaque fois nous rappellent l'implacable vérité.

Notes

[1] Des mauvaises langues (et je sais qu'elles existent) prétendent que le NPS d'Arnaud Montebourg joue sur ce terrain-là : le 21 avril, le 21 avril, le 21 avril. Il ne m'appartient pas de m'exprimer.

[2] Vivement 2007.