Avant d'aller plus loin, un mot sur Philippe Val. Il était déjà haï par une frange de l'internet militant, pour sa haine apparemment viscérale du web, où selon lui n'importe qui peut publier mondialement n'importe quoi. Charlie Hebdo n'a d'ailleurs toujours pas de site web, pas d'archive en ligne, rien. Ça remonte à loin, mais voyez donc les articles d'uZine et de transfert.net. Il faut avouer que son analyse du Réseau des réseau n'est pas très fine et manque de recul. C'est bien dommage. En 1998 ils avaient aussi fait un article stupide sur les jeux vidéo, bourré d'erreurs et de clichés, cela avait passablement énervé Joystick.

Depuis la campagne du référendum, il s'est également attiré les foudres de tous les blogueurs, éditorialistes et contributeurs des sites du non de gauche, "philippe val" sur Google ne donne quasiment que des articles et des lettres ouvertes pour l'insulter sur sa prise de position et son mépris du non (voir PLPL ou Le grand soir.info). C'est l'éditorialiste de Charlie Hebdo, il dit ce qu'il veut dans la partie qui lui est dévolue. Siné fait de même et il n'est pas rare que les membres du journal se répondent semaine après semaine, chronique après chronique, voire s'engueulent (Siné contre Val, Siné contre Sfar, Siné contre le reste du monde...).

Bref, tout ça pour dire que je suis conscient des défauts de M. Val, ce n'est pas la peine de me les ressortir en commentaires pour jouer celui ou celle qui me rappellera quel sagouin il a été avant le 29 mai, quel débile il fait dès qu'on parle d'ordinateur, ou que sais-je encore...[1]

Je disais donc que le sieur Val avait écrit un édito à propos du petit Nicolas, le nettoyeur au Kärcher. Selon lui, nous devrions avoir peur. Non pas uniquement une peur de le voir au pouvoir parce qu'en tant que gens de gauche on ne veut pas qu'il applique une politique de droite, mais une peur viscérale, une peur pour sa vie.

Pourquoi ? parce que Sarkozy est un prototype de dictateur. En effet, il nie le droit à la vie privée, et il l'a même dit devant l'association Bible[2] : Il n'y pas deux vies. Comme si la part de soi la plus intime et la plus intéressante il fallait l'abandonner jusqu'au samedi matin et au dimanche soir inclus. Le domaine de la vie privée n'a pas de sens. C'est le domaine de la vie tout court.

Et Philippe Val de décrypter :

Le b.a-ba du totalitarisme, c'est précisément la négation de la vie privée. Elle est le lieu où s'expérimente la liberté individuelle. Dans une démocratie, le pouvoir doit être transparent, et la vie privée, opaque. L'inversion des qualificatifs, ça s'appelle la dictature. C'est là aussi où s'exerce la responsabilité individuelle, où s'élabore la critique sans qe le pouvoir vienne écouter aux portes.

(...)

Quand un individu de ce genre arrive au pouvoir, on peut être sûr d'une chose : il saura tout de nous, et nous ne saurons rien de lui. La démocratie exige le contraire.

(...)

[Pour conclure,] Que cette phrase de Sarkozy n'ait pas fait dresser les cheveux sur la tête des journalistes politiques mesure l'état de tragique distraction où nous sommes réduits.

Cette négation de la vie privée tient de la même logique qui veut qu'on mette des caméras de vidéo ou télésurveillance partout, même dans les couloirs d'auberge de jeunesse (la CCTV tape britannique, présente absolument partout). La vie privée sous contrôle permanent, c'est passer dans une société où il faut faire la preuve constante de son innocence (le fameux "mais si tu n'as rien à te reprocher, en quoi ça te gêne ?"), là où au contraire, encore aujourd'hui, il faut donner toutes les preuves d'une culpabilité pour être puni. On passerait du présumé innocent au présumé coupable.

Bien sûr, la vidéosurveillance n'est qu'une des parties de cet arsenal juridique anti vie privée, la plus visible. L'appel lancé par Philippe Val, qu'on peut juger un peu grandiloquent sous nos latitudes relativement démocratiques, se veut mobilisateur. Il veut que l'on prenne conscience de la dangerosité du personnage, seule personne que tout le monde voit élue à la fonction suprême en 2007 sans qu'aucun obstacle ne semble pouvoir l'en empêcher.[3]

Personnellement, connaissant les positions du bonhomme sur l'économie et l'emploi (aide au rapatriement des capitaux illégaux, contrat de travail unique), sur la justice ("tolérance zéro", mépris des juges et de la défense, conception californienne du traitement de la récidive), sur la laïcité (conception religieuse de la société, traîtement de la population en communautés séparées) mon opinion était déjà assez arrêtée : je ne l'aime pas. Ce genre de texte permet de s'amuser à se faire peur, seulement, les développements de Val reposent sur des faits prouvés. Que dire alors ?

Philippe Val exagère peut être, sûrement même, mais ce n'est que pour mieux nous faire prendre conscience de l'extrême dangerosité de cet homme. Non, des milices au brassard UMP ne se promènent pas dans les rues de nos villes pour tabasser des opposants ou intimider des élus d'autres partis, ce n'est pas le genre de Sarkozy. Par contre, une société fliquée, avec une justice aux ordres de la police, une société verrouillée où le pouvoir donne des bons points à telle ou telle "communauté" qui se serait bien comportée, là on arrive dans le domaine du raisonnablement plausible.

Vous voulez quoi pour 2007 ?

Ajout : Benoît Hamon aussi s'inquiête fortement :

Hier, la République était le rempart des citoyens français face à la violence faite à un seul d’entre eux au nom de l’antisémitisme ou du racisme. Aujourd’hui le gouvernement privatise le règlement des conflits et décharge la République de sa mission protectrice et émancipatrice. Nicolas Sarkozy n’est pas Républicain, au sens où on l’entend ici, il est Républicain au sens où on l’entend Outre Atlantique.

Notes

[1] Au fait, à quand un Charlie Hebdo en ligne ? Ne serait-ce que pour les archives. Demande valable également pour Le Canard enchaîné qui sombre dans un délire paranoïaque anti cybersquatting (voir en bas de la page). Ah, quelles bandes de vieux cons.

[2] J'en avais déjà un peu parlé, mais au sujet de la laïcité de combat.

[3] Le pire étant que je connais et ai rencontré des personnes politisées ou encartées (Verts ou PS) qui semblent déjà avoir perdu tout espoir. Merde, enfin, on va se battre ! Il ne passera pas !