Fleurir une tombe
Par Adrien le jeudi, octobre 27 2005, 15:03 - ma vie - Lien permanent
Je n'aime pas les cimetières.
Ne croyez pas que je ne les aime pas parce que ce sont des lieux de mort. Non, je ne les aime pas parce que ce sont des lieux morts. Si certains cimetières sont comparables à des parcs, le béton reste roi : dans les allées principales, autour des tombes, pour certaines stèles... À croire que la seule entreprise qui s'occupe de ça en France est Bouygues, avec une filiale spécialisée dans les monuments aux morts "pour la France".
Les tombes sont alignées, serrées les unes à côté des autres, ne laissant aucune respiration aux monuments funéraires, surtout s'ils sont modestes ou discrets. Le béton qui doit sertir la fosse (une obligation légale) est réellement laid et jure avec n'importe quelle stèle ou dalle. Non, vraiment, ça rend ces lieux réellement déprimant. Peut-être me trompé-je, mais les images que j'ai des cimetières anglais ou américains, dans des parcs immenses, sans béton autour de la fosse, les rendent bien plus séduisants pour le dernier repos. Surtout pour les proches en fait.
Alors bien sûr, sinon, j'aime chercher la perle rare : le portrait gravé en dorure sur le marbre, avec une BMW à côté, une moto Honda reproduite sur une plaque. L'homme est mort à 36 ans. De sa passion pour la moto ? Là, c'est une femme qui a rejoint son mari 30 ans après la mort de celui-ci. On espère qu'elle en a profité. Là, deux dates terribles sur du marbre qui a été rose : 1976 - 1980. Toutes ces histoires, toutes ces souffrances.
Puis il y a le carré militaire, avec son drapeau tricolore et ses tombes blanches alignées. Pierre Durand, René Sewzercek, Bertrand Schoenfeld, Ouaïd Houssa... tous, "morts pour la France". Ça leur fait une belle jambe. Je ne suis pas particulièrement militariste, mais la solennité de ces lieux m'a toujours ému.
De toute façon, les cimetières, je n'y vais qu'une fois par an, fleurir des tombes d'arrières grands-parents que je n'ai pas connu ou si peu, et une autre un peu plus proche. À chaque fois la même réflexion : je n'aime pas les cimetières et tout leur béton. J'aurai préféré une stèle discrète, sous un saule pleureur dont le vent ferait frémir les feuilles.



