Débat sur la laïcité, avec des Verts
Par Adrien, samedi 19 novembre 2005 à 19:47 :: laïcité et religion(s) :: #844 :: rss
Or donc, hier, je me suis rendu à un débat sur la laïcité entre Verts, pour qu'un jour, enfin, on ait une position du parti sur cette épineuse question. La salle de l'Ageca (dans le XIème) était pleine d'une bonne quarantaine de militants venus écouter (religieusement ?) Michel Tubiana, Pierre Tévanian, Catherine Deschamps, Christine Delphy et (heureusement qu'elles étaient là) Nadia Chaabane et Françoise Picq.
Oui, il y a eu du sang sur les murs.
C'était tendu
Autant le dire tout de suite, les partisans de la laÏcité chez les Verts étaient très remontés contre ce débat. Pourquoi ? Parce qu'il était biaisé dès le départ avec des invités quasiment exclusivement anti-laïcité. L'ambiance était tendue. Pour faire rire tout le monde, quelqu'un a distribué un tract intitulé "Inch'Allah l'égalité !" (et s'il ne veut pas ?) dont Christine Delphy est une des initiatrices. Où l'on découvre que le vrai féminisme[1] doit mettre sur le même plan "le droit de porter le foulard autant que le droit de ne pas le porter." Ah bon ? Bref, ça commençait bien.
Je ne vais pas raconter toute la soirée, sachez juste que le débat, depuis les interventions jusqu'aux questions de la salle, n'a pas été serein. Comment l'être sur un tel sujet ? Les pires interventions ont été faites par Christine Delphy et Pierre Tévanian, auteurs tous les deux de phrases superbes, dont je vous livre la substantifique moëlle.
Christine Delphy
Christine Delphy nous a par exemple affirmé que le féminisme et la laïcité n'étaient historiquement jamais liés, et que leur mariage "récent" n'était donc qu'un mariage d'intérêt et de raison. Pourquoi ? Elle même disait l'ignorer. Une telle bourde n'était pas très étonnante après qu'elle eut confondu laÏcité et sécularisme, le premier concept relevant de la loi, le second d'un phénomène social. Bravo !
Elle a également provoqué le premier vrai brouaha dans la salle en affirmant tranquillement que dans tous les pays démocratiques sans séparation formelle entre les églises et l'État, ça se passait bien. On lui a fait remarquer les cas des États-Unis[2], de la Pologne[3] et de l'Italie[4]... Ça n'a pas semblé la convaincre.[5]
Vers la fin, quand les esprits s'étaient bien échauffés (et la salle aussi), elle a quand même balancé que la loi qu'on prétendait défendre, celle de 1905, n'existait plus à cause du rajout sur les signes religieux ostentatoires. Grosse rigolade dans la salle. Cette Christine, elle est décidément impayable.
Pierre Tévanian
Pierre Tévanian a quant à lui décroché le pompon. Il a démarré très calmement pour, vers la fin des questions de la salle, se mettre dans une rage folle et postillonner sur le micro. Tévanian, c'est un vrai winner dans le genre, son physique et son look me faisait penser à François Durpaire...
Déjà, il pose les bases : on apprend qu'il n'a milité que dans des collectifs, des dizaines ! Puis il précise que le collectif où il a vu le plus de femmes était Une école pour tou-te-s, ramassis de fascistes et de gauchistes (et je pèse mes mots). Maxime, mon voisin, me fait alors remarquer que les provies ou les militants pour un retour du patriarcat sont en majorité des femmes. Toujours la même tactique des réactionnaires.
Passons sur son délire sur "la laïcité est prêchée comme un dogme avec un clergé constitué de TF1, Sciences Po..." et sur sa conception de la laïcité actuelle comme d'un "totalitarisme" qui "attente à la liberté d'expression". Concentrons-nous plutôt sur sa conception propre de la laïcité qu'il souhaite. Pierre Tévanian veut en effet non pas une laïcité égalitaire mais une "laïcité identitaire". C'est-à-dire, selon ce qu'on peut en déduire, une laïcité propre à chaque identité : une pour les musulmans, une pour les chrêtiens, une autre pour les juifs, encore une pour les blancs athées, etc. Voilà un bon vivre ensemble ! Merci Pierre.
Et les autres "idiots utiles"
Michel Tubiana a été super soft en se contentant de nous faire un simple rappel historique de la loi. Toutefois, sans pour autant me rappeler exactement ses propos, plusieurs m'ont fait sursauter. Il s'est d'ailleurs ému qu'un groupe ricanne et se gausse. Il a menacé de partir. Rendez-vous compte, il était dans un débat avec des contradicteurs, scandale !
Pourquoi Catherine Deschamps était-elle là ? On l'ignore encore. Cette militante à Femmes publiques était venue nous parler en dix minutes des cas turcs et états-uniens. Ça n'a pas été possible, du moins pas complet. Quel dommage.
Équilibrer la balance, grâce à Françoise Picq et Nadia Chaabane
Elles ont été admirables. Invitées par des gens qui n'étaient pas du tout sur leurs positions, elles ont rappelé que le foulard (ou le voile) est une marque du patriarcat, que le CFCM et l'UOIF représentent une infime minorité des musulmans français, cité Caroline Fourest, affirmé que la laïcité est un cadre pour l'émancipation des femmes. Sur ce dernier point, Françoise Picq a rappelé que le droit au divorce s'est fait contre l'église catholique, tout comme le droit à la contraception et à l'avortement. Nadia Chaabane a parlé des gens qui la traîtaient d'occidentalisée parce qu'elle osait se battre pour les droits des femmes, elle apprécie peu, surtout qu'elle est et se sent française.
Un oubli, cependant
Une question n'a jamais été abordée ce soir-là, celle des alliances nouées par tous ces opposants à la loi sur les signes religieux et à la laïcité. En effet, les texte qu'ils et elles ont signés, les collectifs qu'ils et elles ont rejoints, depuis les appels à accepter le voile à l'école jusqu'aux indigènes de la République, sont entâchés de la présence de personnes telles que Tariq Ramadan et des personnes proches de lui, comme le Collectif des musulmans de France. Peut-être pensent-ils pouvoir les contrôler. Pourtant, on devrait savoir depuis Munich que les démocraties ne doivent ni ne peuvent transiger avec le fascisme.
La salle était quant à elle majoritairement laïque, c'était très rassurant. Comme on est en démocratie et un État de droit, la sortie de la salle s'est faite dans le calme, personne ne s'est tapé dessus.
Sinon, aujourd'hui, Arlette Zilberg, élue présidente de la commission féminisme des Verts (à l'unanimité, comme le reste du bureau) a vu ce vote être annulé par le Cnir. Le motif ? Patrick Farbiaz, apparemment à l'origine de cette magouille, aurait décrété qu'elle est "trop laïque". J'adore mon parti.
Notes
[1] Le féminisme, bien que constitué de plusieurs variantes, a comme but principal la lutte contre le patriarcat et tous ses symboles et effets, dont... le voile.
[2] L'influence de la droite chrétienne sur les politiques sociales et de prévention sexuelle y est assez voyante.
[3] Renseignez-vous sur les opinions du nouveau président à propos de l'homosexualité...
[4] L'Église a militer pour faire échouer un référendum sur la procréation assistée, elle vitupère actuellement les avancées en matière de disponibilité de la pilule abortive RU 486.
[5] Soyons honnêtes, l'influence de l'Église peut très bien se faire sentir avec une séparation, mais disons que ça limite les dégats.













Commentaires
1. Le dimanche 20 novembre 2005 à 04:51, par Maxime (un autre) :: site
2. Le dimanche 20 novembre 2005 à 09:22, par Paxatagore :: site
3. Le dimanche 20 novembre 2005 à 10:16, par Adrien :: site
4. Le dimanche 20 novembre 2005 à 12:33, par Raff
5. Le dimanche 20 novembre 2005 à 14:08, par Eric
6. Le dimanche 20 novembre 2005 à 14:17, par Stan
7. Le dimanche 20 novembre 2005 à 18:19, par Adrien :: site
8. Le dimanche 20 novembre 2005 à 19:25, par Frydaye
9. Le lundi 21 novembre 2005 à 23:56, par Philippe
10. Le vendredi 25 novembre 2005 à 13:38, par Christian BRETT
11. Le dimanche 27 novembre 2005 à 00:48, par Adrien :: site
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