Égypte : fascisme vert contre autoritarisme
Par Adrien le mercredi, décembre 7 2005, 15:15 - politique - Lien permanent
Vous allez voir qu'il va se trouver des connards à gauche, en France, pour placer leurs espoirs démocratiques en Égypte dans les Frères musulmans. Remarquez, certains ont bien soutenu le Front islamique du salut ou les Khmers rouges. Les idiots utiles du stalinisme ont juste changé d'idole.
Qu'Hosni Moubarak soit un autocrate totalitaire, personne ne le nie. Mais souhaiter l'application de la charia en Égypte, il faudra m'expliquer en quoi ça va émanciper la population.




Commentaires
Je ne connais rien de la politique en Egypte et du régime de ce pays. Par contre j'ai lu la "troisième page" du journal Le Monde daté de demain.
Et oui, après cette lecture j'ai eu l'impression que les frères musulmans étaient un peu le parti de gauche démocratique local (même si religieux).
Effectivement, une fois les renseignements pris sur Wikipedia, ça prend une autre tournure.
Les frères musulmans sont objectivement la première force d'opposition en Egypte et surement le premier parti réel alors qu'il est interdit.
Ils militent en faveur de la démocratie en Egypte alors qu'ils veulent établir un État Islamique. Ça semble contradictoire...
Leur objectif originel est d'appliquer la chariah en Egypte mais il faut savoir que cette volonté théorique s'oppose à des réalités pratiques. Le peuple egyptien l'acceptera-t-il ?
Ils ne sont certainement pas de gauche, plutôt des islamo-centristes.
L'Egypte étant un pays fortement religieux il faut relativiser, je pense qu'une Egypte démocratique dirigée par les frères musulmans ne peut être que meilleur qu'une Egypte dirigée par le clientelisme, le népotisme, la corruption et la répression sauvage.
Si Moubarak tolère les frères c'est uniquement parce qu'ils font peur (et ainsi lui permettent de "justifier" la répression) et qu'ils sont un contrepoids efficace à une réelle opposition de gauche. D'ailleurs dans tous les pays arabes les partis uniques au pouvoir ont fait de même.
Puis Bix, soutenir une opposition islamiste à l'étranger ça veut pas dire soutenir un mouvement utra-réactionnaire en France ou dans tout autre démocratie.
Précisément, si.
Hum, faudrait voir quand même à pas utiliser "totalitaire" à tout va. C'est un concept précis qui n'est pas assimilable à "dictatorial". Il s'agit de systèmes tendant à détruire toutes les structures sociales afin de faire des peuples une masse, et par là même détruire l'individu. Ces systèmes donnent à l'État ou au Parti (généralement incarné par un homme) la mission d'appliquer une Loi générale déconnectée de toute notion de bien et mal. Je crois pas qu'on puisse dire que le régime de Moubarak entre dans cette catégorie : le seul régime totalitaire qui me vienne à l'esprit aujourd'hui est la Corée du Nord, et en quelque sorte la Chine (très originale en son genre).
@Manuel : j'aurais peut-être dû dire plutôt "autoritaire", ça serait plus proche de la réalité.
@Bader : Vois-tu, la démocratie et la liberté ne souffrent pas de relativisme. Même en Égypte, un régime avec la charia serait une catastrophe pour les femmes en premier lieu, pour les démocrates ensuite (sans parler des homosexuels, déjà maltraîtés sous Moubarak).
Parce que dirigée par les Frères musulmans, l'Égypte ne serait pas plus démocratique qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ou alors, il faudrait que cette organisation fasse un sacré aggiornamento et rejette l'héritage d'Hasan al-Bana. Pas demain la veille.
Au sujet de "soutenir une opposition islamiste à l'étranger ça veut pas dire soutenir un mouvement utra-réactionnaire en France ou dans tout autre démocratie" je dirai que c'est vraiment dommage que ça ne soit pas vu comme ça. Il faudra bien qu'un jour on cesse de ne pas soutenir les démocrates de ces pays, et que les démocrates européens cessent de voir en l'islam politique la seule solution face aux dictatures militaires.
Si "la démocratie et la liberté" ne souffrent pas de relativisme alors il n'y a pas de doute à avoir.
Il faut soutenir l'opposition démocratique où elle se trouve et tant qu'elle soutient la démocratie contre toutes les formes de despotisme. Les frères musulmans ne s'y sont pas opposés. Et puis il faut savoir que la chariah n'existe pas en tant que texte, chaque pays et chaque courant religieux peut déclarer sa propre chariah, la chariah n'étant que les règles ou lois positives régissant une communauté dictée par l'Islam. Puis si aujourd'hui seuls les frères musulmans arrivent à s'opposer au PND (parti unique d'Egypte) une fois le pluralisme acquis les autres partis pourront s'exprimer.
En plus tes arguments ne sont pas valables parce que ce sont ceux utilisés par le PND et plus généralement par les partis uniques du monde arabe pour empêcher la démocratie de s'installer puisque des forces antidémocratiques (les islamistes) arriveraient au pouvoir. Vers la fin des années 80 et début 90 en Tunisie, les partis d'opposition ont vu dans la répression des islamistes un mal pour un bien mais rapidement le pouvoir s'est ensuite tourné contre eux et ils ont été éradiqués par la suite.
Au Maroc, le Roi autorise les partis politique et il s'avère que même si les partis islamiques sont important, le premier parti d'opposition reste un parti de gauche.
Bon, Bader, je t'invite un peu à te renseigner sur les dires du fondateur des Frères musulmans, Hasan al-Bana (grand père de Tariq et de Hani Ramadan), et de te renseigner *vraiment* sur la conception de la démocratie et des droits humains selon les "Frères".
Je ne crois pas que ce soit l'opposition démocratique à soutenir en Égypte, pas plus que le FIS n'était à soutenir en Algérie au début des années 90.