Je crois que pas mal d'imams, de mollahs, d'oulémas et de chefs d'État plus ou moins théocratiques devraient pêter un bon coup pour se décoincer, ça éviterait sûrement la situation de pur délire que le monde vit actuellement à propos de douze dessins même pas drôles publiés il y a plusieurs semaines par un journal danois. En Arabie Saoudite, ils ne doivent pas connaître Charlie Hebdo, auquel cas l'ambassade française de Riyad serait depuis longtemps un petit tas de cendres : cet hebdomadaire a déjà publié à maintes reprises des dessins dix fois plus irrévérencieux et dix fois plus drôles.
Oui, c'est de la provoc. Mais au-delà de l'épiphénomène alimenté par des leaders politico-religieux qui se refont une légitimité ("Regardez, je suis un bon musulman choqué par ces dessins ! Je suis plus choqué que mon adversaire qui ne brûle même pas de drapeau européen !") sur le dos de populations tondues en permanence par le népotisme et la corruption, il ressort un sujet qui pour le coup fait l'unanimité parmi les religions : l'interdiction du blasphème.
Le blasphème est déjà interdit parmi les croyants. C'est la raison d'expressions comme "parbleu", contraction dont le but est de pas nommer Dieu. C'est une position légitime en tant que croyant de ne pas salir ce en quoi on a la foi, ainsi que de respecter les interdits de la religion qu'on s'est choisi (plus ou moins). Sauf que là, c'est carrément une limite à la liberté d'expression qui est demandée, afin de veiller au respect des croyances de chacun. C'est-à-dire qu'on étend l'interdiction du blasphème même à la population qui ne partage pas les croyances qui justifient une telle interdiction. C'est ni plus ni moins un recul des libertés au profit de la religion.
Et ça, c'est inacceptable.
Après, les dessins danois, on s'en fout. Le scandale qu'ils provoquent n'est qu'un épisode des tentatives des fondamentalistes d'imposer leur mode de pensée au reste de la société. Il y a quelques mois, une parodie féminisée de la Cène de Léonard de Vinci avait provoqué l'ire des représentants catholiques. L'affiche d'Amen, qui mélangeait une croix gammée avec une croix chrétienne pour symboliser la collaboration du Vatican avec les Nazis, avait aussi suscité la polémique. Ne parlons pas de la Dernière tentation du Christ, Scorsese doit encore s'en souvenir.
Je revendique haut et fort ma liberté de pensée et de conscience, avec ou sans religions. Je revendique le droit à exprimer un esprit critique sur toutes les formes de pensée, religieuses ou politiques ou philosophiques. Je revendique le droit de parodier, d'ironiser. Sans ça, la liberté d'expression ne voudrait plus rien dire.
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Ajout :
Selon l'ESISC (un think tank bruxellois sur les problématiques de sécurité), la polémique actuelle serait le résultat d'un travail de sape des Frères musulmans, ce qui expliquerait le temps écoulé entre les dessins et la polémique.