L’affaire dite des caricatures de Mahomet n’a suscité à ce jour aucune position officielle de notre mouvement. En revanche, le débat interne a fait rage, et des lignes de clivage semblent apparaître. Il est donc nécessaire que Les Verts aient une expression publique sur cette question, qui ne saurait être taboue. Il ne s’agit pas d’émettre une opinion, hors sujet en l’occurrence, sur les caricatures elles-mêmes, mais de constater que les principes de liberté de la presse, de laïcité, de droits de l’homme, dans lesquels nous nous reconnaissons, ont été pour le moins interrogés, voire remis en cause. Il est nécessaire de réaffirmer ces principes. C’est ce que les soussignés attendent du CNIR, notre instance délibérative.

MOTION

Les Verts affirment solennellement leur attachement à la liberté de la presse, qu’elle soit écrite, parlée, télévisée ou véhiculée par Internet. Cette liberté est consubstantielle à la démocratie, dans tous les pays de la planète. Aucun contrôle, aucune censure ne peut être acceptée. Cette liberté ne peut être limitée que par la justice, dans le cas de commission de délits de presse définis par la loi.

Selon la Constitution (art. 2), « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », où les Eglises sont séparées de l’Etat mais qui « respecte toutes les croyances ». En conséquence, Les Verts s’indignent que le premier ministre et des membres du gouvernement se soient cru autorisés, en invoquant le respect des sentiments religieux, à mettre en cause la légitimité de la publication de ces caricatures par un journal danois et les réactions de solidarité de la presse française.
Il n’est pas acceptable de conforter ainsi les souhaits de censure d’inspiration cléricale ni de sembler céder aux pressions d’Etat demandant directement des excuses aux gouvernements européens pour l’exercice de la liberté de la presse quand ce ne sont pas des sanctions ou des condamnations pour les auteurs de caricature religieuses et les journaux qui les publient.
Aucun enjeu de politique internationale ne peut justifier de tels reculs des principes qui fondent notre démocratie.

Le principe de laïcité qui régit notre pays n’est pas le rejet des religions mais de toute prétention de celles-ci à régenter l’espace public et politique. Il respecte le doit de chacun à ses croyances mais autorise de même quiconque à dire ce qu’il veut au sujet des religions.
Si nul ne peut être stigmatisé pour ses convictions religieuses, et si chacun peut invoquer la protection de la loi s’il s’estime discriminé dans ce domaine, il ne peut pour autant exister de délit de blasphème..

Les Verts estiment notamment que l’égalité entre l’homme et la femme, la liberté d’opinion et de croyance, le choix de son conjoint, la liberté d’adopter ou de quitter une religion, le choix de vie de chacun, notamment en matière de mœurs, ne peuvent être soumis aux codes de quelque religion que ce soit, par quel système politique que ce soit, dans quelque pays que ce soit. Notre pays doit placer les droits de l’être humain au-dessus des considérations financières ou commerciales comme de ce que les croyants considèrent comme des lois divines.

Les Verts assurent de leur solidarité les journalistes qui dans le monde, se sont vu privés de leur emploi, parfois de leur liberté, pour avoir défendu les libertés d’expression et de la presse. Ils sont de même solidaires des journaux qui ont été privé du droit de paraître pour avoir exercé ces droits.

Au fait, vous signeriez ?