Les collectifs
Par Adrien le jeudi, avril 13 2006, 10:45 - politique - Lien permanent
En ce moment, et ce n'est pas nouveau, il y a inflation des collectifs et pétitions de soutien : contre l'immigration jetable, pour les sans-papiers, en soutien à Noël Mamère, à Jean-Luc Touly, contre le 0 de conduite à 3 ans, du 29 mai, pour une autre Europe, antilibéral... Bien sûr, ils sont toujours unitaires et défendent une noble cause. Ils sont aussi probablement le signe d'une relative bonne santé de l'extrême gauche en France, très adepte des collectifs.
Bien évidemment, les Verts font quasiment systématiquement partie de ces collectifs, en tant que parti. On voit souvent le nom "Les Verts" en bas de la liste des signataires. Tant mieux, on est à fond dans le mouvement social.
Cela dit, j'ai quelques questions qui me trottent dans la tête depuis quelques temps...
Tout d'abord, qui décide que les Verts intègrent ou pas un collectif ? Est-ce une décision prise par le bureau national (notre Collège exécutif ? Par les membres d'une commission ad hoc (tout dépend alors du thème défendu par le collectif) ? Parfois, on se découvre signataire d'un appel, participant à un collectif, sans jamais en avoir entendu parler auparavant... Ça pose parfois problème, dans la mesure où la participation à un collectif, ce n'est pas seulement mettre son nom sur un boût de papier (encore que, pour certains...), mais c'est adhérer à certaines valeurs et partager au mons ponctuellement un but avec d'autres organisations. Dans le cas de l'adhésion des Verts au collectif "Une école pour tou-te-s", je ne crois pas que la question ait été franchement posée à tous les militants Verts.
La deuxième question est encore plus importante : a-t-on une idée du gain politique de cette participation effrénée à tous les collectifs qui passent à notre portée ? Prenons l'exemple actuel du Collectif Uni-e-s contre une immigration jetable, dans lesquels les Verts sont très impliqués. Nous fournissons des moyens, des locaux (pour stocker le matériel militant), des forces et du temps de militants... pour quoi ? Une visibilité quasi-nulle puisque nous n'existons pas en tant que parti contre cette loi, contre laquelle ça vaut effectivement le coup de gueuler et de se battre.[1]
L'impression que j'ai, c'est qu'on s'active pour finalement voir la LCR rafler la mise. Mais ça, cette question de l'intérêt politique n'est jamais posée clairement, sans doute est-ce impur.
Un autre grief que j'ai contre les collectifs, c'est le flou de leur prise décision. C'est finalement tout sauf démocratique, puisque des associations avec 200 militants ont autant de poids qu'un parti de 9000 adhérents ou que des partis plus gros. Plus que ça, la prise de décision n'existe pas, et finalement ce sont les plus grandes gueules, ou les groupes avec le plus de moyens qui prennent la décision finale, un peu comme dans une AG "souveraine", ou finalement ce sont les organisations avec les moyens derrière qui prennent les décisions.
C'est probablement encore mon côté anti-gauchiste qui ressort, veuillez m'en excuser.
Ajout le 17 avril
Entendons-nous bien, ce n'est pas l'existence des collectifs que je critique, mais leur inflation et le fait qu'ils soient parfois devenus l'unique moyen de protestation et d'organisation pour certaines associations, dont on ne voit jamais que le nom au bas d'un texte d'appel. En fait, c'est plus l'existence de ces groupuscules que des collectifs que je devrais critiquer.
Notes
[1] D'ailleurs, cette loi a un mérite : mettre sur le tapis la question de l'immigration, des statuts des étrangers et des immigrés, du droit au travail, à la santé, à l'éducation, au mariage, au regroupement familial... Espérons que le collectif ne s'en tiendra pas à des positions "pures" de principe.

Commentaires
peut être ne faut-il voir dans les collectifs qu'un moyen de mettre un sujet sur la table, et pas plus, en tout cas pas un organe de décision.
Oui, c'est vrai. Il y a des collectifs presque pour tout. Mais, je crois que la plupart ne servent à rien. Comme jlb a dit, c'est seulement pour mettre sur la table un sujet ou bien pour s'organiser et avoir plus de force pour lutter contre une rèforme(soit CPE).
Mais c'est vrai que quelque fois on obtient un résultat positif, après avoir fait un collectif, et on vaut la peine la lutte.
Salut!
Je trouve que tu raisonnes trop en politicien : au lieu de penser en termes d'idées à faire avancer, tu cherches plutôt le bénéfice en terme d'influence vis-à-vis des autres partis.
C'est ce qu'on reproche à la politique politicienne en général : voir avant tout l'esprit partisan, plutôt que de faire vraiment avancer les choses.
Voir l'extrème gauche grande gagnante dans les collectifs, c'est très réducteur. Des collectifs, en France, il y en a partout et pas besoin de pétition signée des verts pour vivre ni de la LCR pour s'organiser: collectifs anti-OMG, collectifs anti-nucléaire, collectifs contre le bruit, collectifs pour l'amélioration des quartiers, collectfs contre la violence routière... bref, des citoyens qui se rencontrent sans arrière pensée politique.
Lors des vélorutions (1er samedi de chaque mois dans de très nombreuses villes), y'a des écolos, des libertaires mais y'a aussi des vieux de droite. En tout cas, moi j'en connais au moins un.
Je suis un peu choqué par ta note de bas de page, qui laisse penser que 1) cette loi est une bonne chose 2)personne ne parle de l'immigration dans notre pays ;
www.ldh-france.org/media/... pour le tract un peu synthétique bien fait
@Gilles : je ne dis pas que la loi est bonne, mais au moins, vu que Sarkozy rue dans les brancards, la gauche est obligée de se poser la question de ce qu'elle veut en matière d'immigration (comment on accueille les migrants, quel statut on leur donne, comment on casse les filières clandestines, etc.). Autant de questions qu'on a souvent, à gauche, soigneusement évité de se poser, si ce n'est pour le débat stérile de la régularisation des sans-papiers, dont on ne peut se satisfaire en matière de politique d'immigration.
@Alain : c'est vrai, mais sans le relais des partis politiques, aucune chance que les revendications n'aboutissent.
Toute initiative est bonne à prendre
Si tous les buros tel que toi se bouger un peu plus le cul peut être que les personnes qui cré ses collectifs rejoindrait les partis ou les orga de jeunesse politique
C'est clair Action, si tout les buros se bougeaient le cul autant que moi, y aurait plus de monde dans les partis. Je suis sensible au compliment.
Le buros droitier socialiste que je suis est même allé se mouiller le cul à Cherbourg, où il aurait bien aimé croisé d'autres activistes militants donneurs de leçon.
Je ne te connais pas, Action, désolé que ça tombe sur toi, mais les procès d'intention et les imprécations, ça commence à ma gonfler sévère.
Et puis non, toutes les initiatives ne sont pas bonnes à prendre. Jean Lasalle et sa grève de la faim, par exemple, donnent l'impression que la politique est devenue totalement impuissante face à l'économique. Est-ce si bon que ça à prendre ? Et la prochaine étape, c'est l'immolation par le feu ?
Il m'arrive rarement de visiter ce blog. Mais chaque fois, je suis plus surpris. Adrien, avec tout mon respect, tu as une paranoia grandissante vis-à-vis de l'extreme-gauche. Tu oublies que le parti Vert n'est qu'un outil pour gagner sur nos luttes, il n'est pas une fin en soi. Le collectif permet de faire en sorte que l'on gagne uni : on est toujours plus efficace que dispersés...
Je me demande si dans le fond, ce dont tu as peur ce sont les causes que défendent ces collectifs. Si ils étaient pour le Oui à l'Europe ou bien pour une laïcité réactionnaire conforme à ta vision, tu les soutiendrais surement.
Cordialement,
Stéphane
Tiens, c'est marrant, je parle des donneurs de leçon et tu débarques. :-)
Stéphane, si tu lis le rajout du 17 avril, tu verrais que "ce n'est pas l'existence des collectifs que je critique, mais leur inflation et le fait qu'ils soient parfois devenus l'unique moyen de protestation et d'organisation pour certaines associations, dont on ne voit jamais que le nom au bas d'un texte d'appel. En fait, c'est plus l'existence de ces groupuscules que des collectifs que je devrais critiquer." (J'adore me citer.)
Si je me suis (un peu) rétracté dans ma critique, c'est qu'effectivement je suis toujours pour un front uni le plus large possible.
Sur le "oui à l'Europe" : ça veut dire que toi tu ne défendrais pas un "oui à l'Europe" ? Tu nous avais pas dit que ton "non" était un "non pro-européen" ?
Sur la "laïcité réactionnaire" : il faudra que tu explicites, à moins que tu ne considères que laisser s'exprimer un sexisme de la pire espèce soit moderne.
En fait, tu sous-entendrais que je serais contre les sans-papiers, contre Noël Mamère, pour le nucléaire et pour une immigration à la Sarkozy ?
Au fait, ma famille socialiste te salue, Stéphane.