Ségo for ever
Par Adrien le mercredi, juin 7 2006, 00:00 - Vers 2007, et au-delà ! - Lien permanent
Quand Ségolène Royal a gagné son surnom de la Zapatera, grâce à sa victoire en Poitou-Charentes en 2004, il s'en est trouvé pour dire qu'elle allait se présenter à la candidature socialiste à la présidentielle. C'était évoqué, mais pas sérieusement : pensez donc, il y avait DSK et Fabius sur les rangs, ça c'était du sérieux !
Plus prosaïquement, certaines personnes (dont moi) arguaient du fait que cette candidature était strictement impossible, non pas parce qu'elle était mauvaise, mais parce que Royal ne bénéficiait du soutien d'aucun courant, d'aucun réseau, contrairement aux deux gros cités plus haut. C'était vrai, à l'époque... et cela constituait une sacrée faiblesse.
Pour avoir le poids nécessaire à une telle candidature, il fallait donc contourner la machine socialiste, figée dans ses équilibres de chapelles, où chaque section savait au nombre de voix près le résultat des votes. C'est pour cela qu'elle a lancé désirs d'avenir, pour avoir du soutien à l'extérieur et commencer à ramasser des soutiens à l'interne, en dépassant les courants par leurs bases. On ne peut que constater qu'elle a réussi, et bien, dépassant ainsi de loin le seul stade de chouchou des médias ou de phénomène politique passager. Sa faiblesse, elle en a fait une force.
Elle s'est donc installée durablement dans le paysage politique, menant même depuis une semaine le bal des polémiques : un coup l'insécurité, un autre les 35 heures, ça n'arrête pas entre les discours, les réactions, les explications, les précisions, les piques, les communiqués rageurs... Le plus drôle a été sur l'insécurité, quand on a vu toute la gauche française réagir à grands coups de réflexes pavloviens, sans chercher, et c'est bien dommage, à aller un peu plus loin que les 4 mots diffusés en boucle dans les médias.
Le réflexe pavlovien ? Sans chercher à comprendre, sans essayer de contredire les propos en question, sans proposer quoi que ce soit pour régler le problème dont il est question, on marque Ségolène du sceau infâme de l'extrême droite, comme ça on ne répond pas sur le fond. Non, surtout pas, c'est un sujet d'extrême droite, c'est caca. À croire que les leçons du 21 avril 2002 n'ont pas été tirée : car c'est bien de l'incapacité d'une certaine gauche à s'emparer des sujets tels que la délinquance dont il est question. Le communiqué des Verts à ce sujet (Ségo = Sarko = Le Pen) est d'ailleurs profondément affligeant ; et je pèse mes mots.
Quant à sa deuxième "bourde" sur les 35 heures, je suis hélas en parfait accord avec elle : oser parler des cadences de travail qui ont augmenté, du nombre d'accidents du travail qui stagne, etc. Si ce n'est pas de gauche, je suis nucléocrate !
Quelques blogoliens pour aller plus loin :
Précision : ce n'est en aucun cas une marque de soutien inconditionnel et immédiat à la possible future candidate du parti socialiste, juste une façon de lutter contre le simplisme en politique. Merci, donc, de ne pas pousser des cris d'orfraie. C'est aussi que j'ai moyennement envie de parler des Verts, là, tout de suite.
Ajouts :
- Ségolisme ou Thatcherisme ?, le communiqué de Noël Mamère est lui aussi désolant. Attaque contre les 35 heures ? Où ça ? On a quand même mieux à dire, non ?
- Metallah signale dans les commentaires l'interview de Ségolène Royal à Bondy Blog.




Commentaires
Mm, je pensais que c'était les medias qui se focalisaient sur les petites phrases et les luttes en vue de la présidentielles, dans ces réactions aux propos de Ségolène Royal. Mais c'est que je n'avais pas encore lu le communiqué de Verts... Effectivement, c'est affligeant.
Ceci dit, ça se mord un peu la queue (comme d'habitude) : est-ce que les medias relaieraient un communiqué qui ferait la part des choses ? Ceux qui réagissent ne sont-ils pas obligés de faire des petites phrases s'ils veulent qu'on parle d'eux ? De la même façon que les propos de Ségolène Royal participent clairement d'une stratégie pour faire parler d'elle. Ils me semblent que les medias ont leur part de culpabilité (eux non plus n'ont pas réagi sur le fond des propos).
Pour ce qui est des Verts, j'espère que vous allez vous sortir de ce vote pour le candidat sans tomber dans le crêpage de chignons :)
Oui un vrai rassemblement de gauche est possible.
Mais ça va pas se faire par "en haut". Les directions sengluant dans le passé.
Cest pourquoi la campagne de 2007 se devra dêtre un front populaire.
Pour quil en soit ainsi, des appels ont été lancés pour des candidatures unitaires anti-libérale, écologique de la gauche et une campagne populaire, démocratique.
Si vous ne connaissez pas encore ces appels alors allez vite sur le site
www.alternativeunitaire20...
Et signez et faites signer les appels.
Assez, assez de Ségo-Sarko, et de la division, on a trop a perdre pour ne pas sunir.
Oui, rejoignons la grande croisade pour l'unité à gauche !
Mais ca ne va pas se faire "par en haut" (les élites au tapis). Donc vive une candidature unitaires (mais pas avec les sociaux traitres du oui, sans dec), anti-libérale (comme ca n'importe quel socio-déviant pourra être taxé de libéralisme), écologique de la gauche (mais pas trop décroissant, ca fait tâche auprès des ouvriers) et une campagne populaire (défilés en cascade jusqu'au bureaux de vote) et démocratique (démo quoi ? ca existe les primaires hors partis en France ?).
Bové président !
et oui je fais plus ou moins le meme constat que toi Bix, cette acharnement anti ségolène en est devenu absolument ridicule car justement elle a mis le doigt sur des points très interessants. Pour la sécurité il faut lire son interview sur le bondy blog pour avoir ses propos en entier, ses propositions : on a le droit de ne pas être d'accord sur tout, mais elle a raison sur une chose : il faut des solutions, et la prison ou les amendes c'est pas des solutions ! par contre des alternatives plus constructives : travaux d'interets générales : ça je dis oui ! et disons qu'elle va dans ce sens... que je considère de gauche
à moins qu'etre de gauche ça veut dire laisser faire ? dans ce cas là aille... et pour les 35h c'est pareil elle a plutot très bien présenté les choses en pointant du doigt les erreurs tout en disant que les 35h sont une bonne chose... va falloir que je fasse un petit billet dessus tiens...
previon.typepad.com/hebdo... ainsi que d'autres liens pour son interview
là on pourra critiquer point par point et avec sérieux
car sinon on tombe dans le piège grossièrement tendu par les médias
ceci dit je ne suis pas un amateur et je sais très bien que Segolène est une fine tacticienne puisquelle avait préparé cette interview pour lavoir sous le coude
puis a fait du médiatique dont elle savait exactement l'effet...
Les propos de Ségolène Royal sur la délinquance en ont surpris, voire offusqué, plus d'un... dont moi. Il est vrai que quand on me parle d'armée pour pallier aux défauts d'éducation, j'ai tendance à me braquer.
Pour autant, reconnaissons deux choses : qu'il ne serait pas malin de laisser le thème de la sureté publique à la droite seule et que la déclaration de Ségolène a été tronquée et largement caricaturée par les média et les autres présidentiables de gauche ou de droite.
De même, ses propos sur les 35 heures ont été déformés. Elle n'a jamais parlé de les abolir, mais elle a pointé du doigt des dysfonctionnements dans leur application. Mais là encore, sa prise de position jette le trouble.
Pour ma part, je pense que ces déclarations s'inscrivent dans une stratégie électorale. Compte tenu de sondages qui lui sont extrêmement favorable, Ségolène Royale se comporte comme si elle était déjà au deuxième tour. À ce moment-là, elle n'aura plus à rassembler seulement la gauche, mais à convaincre les indécis. Dans ce cadre, sa liberté de ton affichée (ses déclarations polémiques servent aussi à cela) pourra devenir un atout.
Simplement, je me demande si elle ne met pas la charrue avant les bufs : avant le deuxième tour, il y aura les primaires au sein du PS, puis un premier tour. Si l'on compte le nombre de candidats de gauche déjà déclarés, cette étape là n'est pas encore franchie !
Enfin, à titre personnel, même si je trouve le personnage sympathique et si l'idée de voir une femme présidente de la République ne me déplaît pas, Ségolène Royal n'est pas mon candidat favori. Elle n'est pas celle dont je me sente le plus proche, d'un point de vue idéologique et il y en a d'autres qui seraient plus à même de rendre une crédibilité à la fonction présidentielle et à l'image du pays sur la scène internationale : les deux mandats de Jacques Chirac ont été assez désastreux sur ces deux points ! Bien sûr, on peut aussi envisager un infléchissement de nos institutions vers un régime moins présidentiel (qui connaît les noms des présidents allemand, italien, israélien ?)
Cependant, elle est peut-être la mieux placée pour remporter les élections, pas pour elle seule, mais pour l'ensemble de la gauche. Dans ce sens, si elle reçoit l'investiture du PS, je la soutiendrai...
Du reste, l'idée de voir François Hollande dans le rôle de "première dame" m'amuse beaucoup...
Bonjour Adrien,
Animant un blog politique affichant clairement sa préférence pour un candidat à la candidature du PS, j'hésites toujours à déposer un lien, même s'il peut s'avérer complémentaire de l'analyse développée. C'est parfois mal reçu.
Aussi, si toi et tes lecteurs sont intéressés par la stratégie de contournement de Ségolène Royal, vue bien sûr avec un certain parti pris, clickez sur mon prénom ;-) Personnellement, je crois que sa stratégie aura du mal à prendre chez les militants car ils peuvent prendre cette stratégie pour du mépris, en tous cas c'est mon cas ;-)