Les Verts vs. Grünen
Par Adrien le lundi, septembre 18 2006, 12:36 - politique - Lien permanent
On compare souvent les Verts français avec leurs homologues allemands, les Grünen. la comparaison se fait systématiquement sur le ton "si vous étiez comme les Verts allemands, ça serait bien...". Une phrase, au détour d'un article du Monde sur les élections régionales, m'a rappelé ces réflexions à deux balles :
Les Verts ne participent actuellement à aucun gouvernement dans aucun des seize Länder.
Je rappelle que les Verts ont des conseillers dans les coalitions de majorité de 19 régions, ce qui permet d'appliquer au niveau régional des parties du programme écolo (transport, agriculture...). Serions-nous donc plus efficaces que nos cousins allemands ? Bien sûr que non, mais l'inverse n'est pas vrai non plus. Les situations nationales sont différentes également. 40 000 adhérents pour les Grünen, un peu moins de 10 000 désormais pour les Verts, mais un million pour SPD tandis que le PS estime colossal ses 200 000 adhérents.
Je mets ça en relation avec le billet d'alexei : "Et si pour eux c’était Clémentine ?"
Dans le petit monde de la gauche « radicalo-anti-libérale » c’est la multiplication de candidats « unitaires » qui deviennent très rapidement unitaires chacun dans leur coin. Certains s’inscrivent dans une démarche non-partisane comme « l’unitaire tout seul » (© Bix) appuyé par des « milliers de collectifs », d’autres, au contraire, font marcher les appareils des partis comme Buffet ou Besancenot. Bien évidemment chacun s’estime être le plus légitime et le plus représentatif pour rassembler le peuple radical dont on voit même pas les contours et encore moins le contenu, d’ailleurs s’ils ont décidé d’organiser des primaires on ne sait toujours pas qui aura le droit d’y voter. Et vous dites que c’est le bordel chez les Verts….




Commentaires
C'est un peu rapide d'assimiler nos régions, qui sont des collectivités territoriales plutôt orientées vers de l'innovation (et pas tant que ca porteuses de politiques lourdes) avec les Länder allemands, qui sont eux de vrais gouvernements locaux.
Il peut être plus révélateur de chercher combien on a de vice-présidences de conseil général... et là on voit qu'effectivement, les Verts et les Grünen, c'est pas si différent.
Les Grünen ne participaient à aucun gouvernement local pour une raison simple : Schröder&Fischer sont restés très longtemps au pouvoir au niveau fédéral. Le fait que l'Allemagne est en élection permanente au niveau des Länder, pour lesquelles les élections sont disconnectées des élections fédérales et des autres élections régionales, fait qu'après un certain nombre d'années passées au pouvoir, l'opposition fait systématiquement un carton dans les élections intermédiaires au niveau des Länder. C'était la même chose pour le SPD à la fin de l'ère Helmut Kohl (avec Oskar Lafontaine qui faisait en sorte avec sa majorité au Bundesrat que le gouvernement fédéral soit totalement paralysé).
Les Verts au contraire ont profité en 2004 d'un ras-le-bol anti-Raffarin ; les situations ne sont pas comparables.
Ce n'est d'ailleurs pas vraiment la faute des Grünen, c'est surtout le SPD malmené par Schröder qui lui a fait perdre 1/3 de ses adhérents, qui s'effondrait dans les élections au niveau des Länder.
A partir du moment où le SPD s'effondre, les coalitions gagnantes ne pouvaient qu'exclure les Grünen : CDU-Libéraux ; CDU-SPD si la coaliation précédente n'avait pas la majorité et puis rarement SPD-néocommunistes à l'Est. Depuis la défait de l'année dernière, les Grünen commencent à envisager de gouverner avec la CDU, comme ça a failli se faire en Bade-Württenberg (grand Etat du Sud-Ouest) mais les esprits n'y sont pas encore prêt.
A Berlin, au contraire, le maire SPD est très populaire (et a peut-être ses chances au niveau national dans pas si longtemps), ce qui rend Rot-Grün de nouveau possible.
A part ça, depuis le départ de Fischer qui a eu l'intelligence de s'effacer (il a même dit dans une interview que les jeunes auraient DU le pousser dehors plus tôt, il est formidable ;-), les Grünen se sont trouvés au début d'un nouveau cycle et sont en train de se réinventer et c'est assez intéressant à suivre. Ils mettent plus l'accent sur le social aujourd'hui (tirant le bilan de certaines erreurs de l'ère Schröder genre Hartz IV&co), ce qui les rapproche des Verts français.
il faut remettre en perspective cette comparaison verts/Grüenen avec celles qui relie historiquement le parti socialiste français avec le SPD voire une part de la droite avec la CDU. et donc celle de la France avec l'Allemagne. Ce genre de fascination est bien ancré historiquement.