Bayrou, ou le centrisme avoué mais la droite cachée
Par Adrien le dimanche, mars 4 2007, 22:58 - Vers 2007, et au-delà ! - Lien permanent
Une force monte en ce moment en France, le centrisme. Victime des médias et des autres partis de gauche et de droite, cette force politique arrive enfin à se faire une place dans la vie politique française. François Bayrou, inconnu il y a encore deux mois, récolte dans les sondages des intentions de vote qui tutoient les sommets nirvanesques du deuxième tour de la présidentielle. Porteur d'espoir et d'un renouveau total de la classe politique, vierge de toute implication passée, François Bayrou est le seul à pouvoir changer quelque chose en France.
Petits rappels de la carrière de ce petit nouveau en politique, ni de droite ni de gauche, mais souvent à droite malgré tout (source Wikipedia) :
- 1979-1981 : Chargé de mission au cabinet de Pierre Méhaignerie, ministre de l'Agriculture.
- 1981-1982 : Chargé de mission au cabinet d'Alain Poher, président du Sénat.
- 1984-1986 : Conseiller de Pierre Pflimlin, président du Parlement européen.
- 30/03/1993 - 11/05/1995 : ministre de l'Éducation nationale (gouvernement Balladur)
- 18/05/1995 - 07/11/1995 : ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Insertion professionnelle (gouvernement Balladur toujours)
- 07/11/1995 - 02/06/1997 : ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (gouvernement Juppé)
Alors que les conseillers généraux, les conseillers régionaux, les milliers de maire adjoints et conseillers municipaux UDF votent toujours dans des coalitions avec l'UMP, alors que la dette et les budgets tant décriés ont systématiquement été votés par les députés UDF (sauf le dernier), François Bayrou essaie de nous faire croire qu'il est social (la "sociale-économie"), qu'il veut réunir toutes les bonnes volontés, dans un vieux fantasme d'éclatement du clivage gauche-droite (et comment gère-t-on les incompatibilités ?).
Sauf que le centrisme au pouvoir, on a déjà vu en France : c'était Valéry Giscard d'Estaing, Raymond Barre, François Bayrou...
Désolé, mais tant que Bayrou n'aura pas clairement annoncé son opposition à Nicolas Sarkozy, il restera de droite. C'est tout à fait son droit de ne pas insulter l'avenir, mais dans ce cas il faut assumer. Car même s'il est sincère au niveau personnel, son mouvement reste largement à droite.







Commentaires
"François Bayrou, inconnu il y a encore deux mois"
J'ai failli m'étouffer avec mon croissant en lisant ça. C'est con, une phrase comme ça au début, ça décrébilise tout le reste du billet. Qui omet d'ailleurs de parler de la présence de ministres UDF au gouvernement Rocard. Qui omet de parler de la motion de censure votée par l'UDF contre le gvt Villepin. Et qui omet de dire que chaque électeur est adulte et peut choisir qqun pour ses idées et son programme, pas pour un parti (y a les législatives pour ça).
"tant que Bayrou n'aura pas clairement annoncé son opposition à Nicolas Sarkozy": il s'est porté candidat, il peut faire quoi de mieux? Regarde son discours contre Sarkozy lors de l'émission A Vous de Juger, tu verras bien ce qu'il pense de Sarkozy. Il est moins méchant avec Royal.
Bayrou a déjà dit 800 fois pourquoi il avait préféré les coalitions avec le RPR plutôt qu'avec le PS: à cause des alliances entre le PCF et le PS. Pas parce qu'il est intrinsèquement de droite. Mais à force de répéter le même mensonge, ça finit par devenir une vérité, comme sur desirsdavenir.org ou comme dans ton billet...
Pour l'instant, on cherche encore les billets anti-Bayrou qui s'attaquent à son programme, hein...
(je ne suis pas militant UDF, je précise)
Voir chez Laurent Guerby quelques précisions sur les contibutions effectives des députés UDF à l'europe
guerby.org/blog/index.php...
On s'étonnera dès lors beaucoup moins de récentes prises de positions en faveur du capitalisme financier et la création de valeur sur la propriété intellectuelle de l'UDF.
Oli : ne pas voir l'ironie du premier paragraphe est quand même balèze, mais pourquoi pas...
Sur le programme, j'y pense.
Merci à Fai pour le lien qui apporte pas mal de précisions intéressantes.
Dans la série "ne pas insulter l'avenir", on peut faire aussi dire justement le passé :
Adrien, Alain Juppé a été nommé premier ministre dès la victoire de Chirac en mai 1995, Couille molle ayant été battu dès le premier tour.
Oli : Le gouvernement de Michel Rocart n'a jamais compté en son sein des ministres de l'UDF ! Le PS n'avait qu'une majo relative à l'assemblée nationale, malgré la brillante réelection de Mitterrand (comme quoi les législatives c'est finalement beaucoup plus important que la présidentielle). Mais c'était justement tout le travail de Rocart que de faire voter ses projets de lois, tantôt par une majo PS-UDF, tantôt avec le soutien sans participation du PCF.
Perso, je suis bien évidemment d'accord pour dire que Bayrou, malgré ses ronds de jambes, est bel et bien de droite. C'est quand même le dernier ministre de l'éducation nationale à s'être pris 1 million de manifestants en 1994 pour défendre l'école laïque...
Mais je trouve qu'on aurait tort de repousser par principe l'idée d'une majo à trois : socialistes, écologistes et chrétiens-démocrates. Après tout, s'il y avait pu avoir une telle majo au parlement européen, on trouverait ça très bien.
Au niveau français, il me semble que des propositions qu'a avancé Bayrou ressemblent étrangement à ce que disent les Verts depuis longtemps : suppression des départements, France plus fédérale.
Alors, oui, il faut attendre de voir qui est la vraie UDF (celle de son président, ou celle de ses élus locaux), mais il ne faut pas avoir de tabous.
(je vais encore me faire plein de copains !)
à Antoine :
"Mais je trouve qu'on aurait tort de repousser par principe l'idée d'une majo à trois : socialistes, écologistes et chrétiens-démocrates."
Sauf que ce n'est pas ça que propose Bayrou !
S'il le faisait, on pourrait en effet discuter, mais aujourd'hui il propose une improbable alliance "ni droite ni gauche" entre partisans de la pensée unique de droite et partisans de la pensée unique de gauche et qui serait censée gagner les législatives avec des candidats labellisés "majorité présidentielles".
De deux choses l'une, soit en rupture avec sa parole actuelle il fait un accord post-élection présidentielle avec soit le PS et les Verts soit l'UMP. Dans ces cas là ce qui on voté pour un Bayrou "ni droite ni gauche" seront trompés ; soit ses candidats "majorité présidentiell" seront dans chaque circonscription opposés à un candidat PS et un candidat UMP le plus souvent bien ancrés localement, plus peut-être un candidat FN. De cette avalanche de triangulaires voire quadrilataires (on dit comme ça ?) est censée se dégager une majorité parlementaire. Bon courage même avec un effet "Bayrou président" !
Ce n'est pas pour rien et c'est pour une fois un bienfait de la constitution de la Ve république (et non pas TF1) que de polariser l'élection entre deux coalitions qui prétendent à gouverner ensemble, c'est pour que ces alliances soient transparentes et avalisées par les électeurs. A cet égard, le flou qu'entretient Bayrou est un véritable recul démocratique.
>Adrien: ta phrase que j'ai mise en exergue n'est pas ironique, c'est pas le sens du mot ironique, en tout cas pas dans mon dico. C'est mesquin, mais pas ironique.
>Antoine: Rocard a par 2 fois nommé un ministre UDF: Lionel Stoléru avant les législatives, et Michel Durafour à partir de 1989, qui était même ministre d'Etat. Mais pas un seul communiste après les législatives. C'est exactement le sens de la coalition possible entre l'UDF et le PS, et c'est l'oubli du billet d'Adrien.
Bouboubou querelle de mots!... Pour ma part, la chose que je crains avec Bayrou, c'est que l'on se dirige vers un système à l'Américaine... Je craignais un bipartisme en septembre, un tripartisme en janvier, et maintenant un système républicain/démocrates... Peut être stupides (que dis-je, sûrement stupides, tout du moins en France!?) comme craintes, mais une chose est sûre, Bayrou tient le bon bout pour le moment, récupérant les desespérés de Sarko et Ségo... QUestion écologie par contre c'est pipi de chat, quoi que l'on m'avance comme argument! Il n'y connait rien! Enfin, ce qui risque de peser avant le premier tour, genre 15 jours avant, ce sont des rappels pour le vote utile... Beaucoup y sont sensibles, et donc cela va rapporter plus de voix aux gros partis qu'aux petits partis, avec un écart peut être jamais vu auparavant... D'ailleurs, cette campagne a vraiment des règles de jeu différentes de celles prévalant il y a encore 5 ans... Rase campagne...
>jmfayard
il est vrai que voter "à gauche" ou "à droite", c'est de la bien bonne démocratie...
c'est vrai quoi, tu votes pour les uns... tu es déçu, tu votes pour les autres... pareil, arf, tu es bien avancé ! il te reste quoi ?
>So-ann
s'il n'est pas stupide, il prendra Corinne Lepage à l'environnement
Autre rq : lorsque Bayrou dit "j'ai été stupide par le passé", j'ai tendance à le croire, car admettre s'être trompé n'est guère pourvoyeur de voies. On ne parle plus de la Ségo de Mittérand, ni du Nicolas de Balladur... les gens évoluent vous savez !
Tiens une question pour vous Adrien, si jamais Bayrou est élu le 29 avril, pensez-vous que des Verts accepteraient d'être dans son gouvernement pour pallier à son déficit en matière d'environnement ?
F. Bayrou dans Le Télégramme de Brest, 3 novembre 2006 :
"Q- Qui préféreriez-vous affronter au second tour ? Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal ?
R- Je crois que le débat serait plus net si jétais opposé à Nicolas Sarkozy. Nous aurions alors vraiment une confrontation entre deux modèles de société. Et cela au moins sur trois points : il donne une grande place à la réussite matérielle dans léchelle des valeurs sociales, doù la place quil accorde auprès de lui aux vedettes de la Bourse ou du show-biz. Pour moi, les vraies réussites nont rien à voir avec la célébrité ou la richesse. Ensuite, il aime à faire monter la tension entre différentes catégories de Français et, pour cela, il désigne des catégories à laccusation publique : les juges, par exemple, ou les assistés. Nous sommes une société déjà très violente. Il est imprudent de rajouter de lagressivité à lagressivité. Enfin, troisième point de désaccord, le président de lUMP affiche pour George Bush et pour lactuel modèle américain une fascination que je ne partage pas et risque de changer léquilibre de la politique étrangère de notre pays."
Les dinophiles ont trouvé une solution toute simple pour que Raymond arrête de radoter.
C'est aujourd'hui sur le blog www.thedino.org
Bisous,
Si François Bayrou est élu président de la République française, est-il possible que, comme l'appelle de ses voueux Adrien Saumier, le PS et les Verts gagnent les éléctions législatives et obtiennent la majorité au parlement ? À faire une cohabitation, autant la faire directement, sans passer par la case gouvernement de droite.