Évidemment, pour couvrir cet évènement, le journal de référence qu'est Le Monde a dépêché une journaliste, l'inénarrable Sylvia Zappi. L'article est à la hauteur de ce que l'on pourrait espérer. Mais on peut être sûr qu'elle s'est démenée, la pauvre.

C'est que tout de même, le meeting était plutot réussi : orateurs de poids avec Baupin, Cochet, Lipietz, témoins de grande qualité avec un porte parole de la Confédération paysanne et le président de France Nature Environnement, plus le mari d'Ingrid Betancourt (traduction assurée par Alain Lipietz lui-même) et Monique Vuaillat, ancienne responsable de la FSU. Alors notre Sylvia nationale a dû cherché pour faire malgré tout un article négatif.

Et elle a réussi ! Admirable. Voyons plutôt...

"On t'adore, Dominique, continue." La petite pancarte brandie, jeudi 5 avril, dans la salle de la Mutualité à Paris, où Dominique Voynet tenait son meeting parisien, résume bien la méthode Coué que les Verts ont décidé d'adopter pour la dernière ligne droite de la campagne.

Dès le premier paragraphe, les bases sont déjà posées. Outre le mépris du militant avec sa "petite" pancarte (forcément petite), dans la veine de nombre d'articles et de reportages qui se foutent de la gueule de gens qui donnent temps et énergie pour un parti[1], Mme Zappi met un jugement de valeur négatif : ce n'est que de la méthode Coué. Ah ? La méthode Coué, c'est de l'autosuggestion. Je doute que la personne qui a écrit "On t'adore Dominique" s'en soit autoconvaincue.

"10 % ! 10 % !", s'est mis à scander le petit millier de militants.

Hop ! Par un mot, juste un mot, Zappi minore l'affluence au meeting. Alors certes, la salle n'était pas bourrée à craquer, les meetings Verts sont rarement bourrés à craquer d'ailleurs. Encore une fois, le réglement de compte prend le pas sur le journalisme. Encore une fois, ce qui est écrit rend compte un peu au-delà des faits et apporte un jugement malvenu.

Epaulée par quelques ténors – Denis Baupin, Yves Cochet, Alain Lipietz et Jean Desessard

Alors là c'est énorme ! Classer Jean Desessard parmi les ténors du parti, il fallait oser. Ensuite, affirmer que ce "ténor" "épaule" Dominique Voynet, c'est très loin de la réalité. Ce serait un peu comme dire qu'Éric Besson a claqué la bise à Ségolène Royal hier soir avant de faire un vibrant discours de soutien. Je doute même que Desessard était présent hier, mais peut-être étais-je moins bien placé dans la salle que la pseudo-journaliste du Monde. Aussi suis-je sans doute moins bien informé qu'elle sur la réalité du parti. Après tout, je ne travaille pas dans la rédaction d'un journal respectable.

"Chère Ségolène, je te le dis en toute amitié, en toute bravitude – je ne crains pas en la matière la comparaison !– qu'il serait mieux pour tout le monde que le PS se concentre sur ses électeurs en vadrouille à l'UDF plutôt que de faire du chantage auprès des écologistes." La saillie fait frémir la salle qui repart de plus belle : "Dominique ! Dominique !" Il n'empêche, le doute s'est installé.

Le pompon : j'offre une caisse de champagne à qui arrive à me trouver le lien logique entre la citation de Dominique, les cris de la foule et le "il n'empêche" du doute qui s'installe. Bravo Sylvia, on t'adore ! Tu as eu tellement de mal à trouver quelque chose de négatif à dire sur le meeting que tu as dû faire des liaisons illogiques ? Il aurait mieux fallu t'abstenir.

Et pour finir :

. Dans cette fédération parisienne, la plus importante du parti, les absents sont nombreux. "C'est normal, les militants ne se retrouvent pas dans une campagne trop sérieuse. Pour être audible, il faudrait qu'elle fasse des coups, remarque le conseiller de Paris Yves Contassot. Alors beaucoup attendent de voir ce qui se passera après."

Ça alors ? Tous les militants parisiens n'étaient pas là ? Scandale ! Il est évident que les militants n'ont ni vie ni famille à l'extérieur du parti. N'importe quoi. Puis pour conclure en beauté, parce qu'un article de Sylvia "José Bové" Zappi ne peut pas se conclure sans une pique négative, la citation complètement hors-sol de Contassot, qu'il fallait bien caser quelque part...

Encore un article de ce genre, un de plus. En fait, on s'en lasserait si ce n'était pas si malhonnête, si l'on ne savait pas que Sylvia Zappi soutient José Bové, si on n'avait pas de sérieux doutes quant au soutien du Monde à Sarkozy... etc.

Notes

[1] En revanche, le militant associatif est forcément noble. Ça mériterait un billet entier ce sujet !