L'écologie, de gauche ET de droite ?
Par Adrien le dimanche, avril 29 2007, 15:40 - politique - Lien permanent
C'est un débat vieux comme le clivage droite-gauche qui serait dépassé (ok, un peu moins vieux) : l'écologie doit-elle être systématiquement de gauche ?
J'écoutais d'une oreille distraite, hier, un débat organisé par Denis Cheissoux dans son émission CO2 mon amour, entre Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Rebelle, les deux spécialistes ès environnement des candidats Sarkozy et Royal. Le débat était de très bonne tenue et très courtois, Cheissoux arrivait bien à répartir les temps de parole et ses questions étaient celles de quelqu'un qui connait son sujet, pas le genre de journaliste à réduire la bilan de Baupin aux embouteillages.
Je veux bien admettre que Kosciusko-Morizet ait de vraies convictions écolos et une réelle envie de voir son parti les appliquer. Le problème qui est ressorti au cours du débat, c'est que les convictions écologiques ne résistaient pas à l'analyse globale du programme de l'UMP et de Sarkozy. Bruno Rebelle a fort justement fait remarquer qu'on ne pouvait pas parler de la protection de la qualité de l'eau sans remettre en cause les modes de production agricoles (engrais, pesticides, cultures non adaptées à la région...). Hélas, l'UMP reste encore cul et chemise avec la FNSEA, gros promoteur de l'agriculture préférée des Bretons (par exemple) qui pollue l'eau des rivières et des nappes phréatiques[1].
Cet exemple parmi d'autres pour montrer que l'écologie n'est pas une thématique, mais un projet de société, quelque chose de transversale à tout le reste. Évidemment que le thème de la protection de l'environnement n'est pas propriété des écologistes ni des Verts, mais entre des politiques qui viseraient uniquement à faire des sanctuaires de la nature dans quelques parcs à touristes, et d'autres politiques qui visent à la création d'espaces où chacun pourrait vivre dignement dans le respect de la nature, il y a des différences.
De même, ce n'est pas parce qu'on se bat pour la sauvegarde des espèces, la qualité de l'eau, de l'air, de la nourriture, qu'on doit oublier les humains qui souffrent des pollutions aériennes et sonores, de la relégation dans des ghettos à l'écart des réseaux de transports en commun, qui survivent dans la misère, une misère qui oblige à se pourir la santé à bouffer de la merde suremballée de plastique. Oui, tout est lié.
Je veux bien que Kosciusko-Morizet et l'UMP aiment la nature. Sarkozy est sans doute adorable avec les animaux. On l'a vu, il adore les chevaux de Camargue, ces bêtes magnifiques. Mais quand on défend un projet de société où on confisque le débat sur l'énergie en imposant l'EPR, où on pense pouvoir continuer à tuer l'espace urbain à coup de bagnoles grâce aux agrocarburants français ou importés du Brésil[2], un projet de société qui relègue des personnes qui fuient leurs pays pour des raisons politiques ou climatiques au rang de voleurs[3], quand on est le seul candidat à refuser ne serait-ce qu'un moratoire sur les OGM en plein champs, je trouve qu'il est délicat de se qualifier d'écologistes.
Nathalie Kosciusko-Morizet milite dans un parti qui, hélas pour elle, fait et revendique l'exact contraire de ce qu'elle prétend défendre. Elle est sûrement écolo personnellement, ça doit donc être très difficile à vivre de voir sa famille politique mépriser ses idées, piétiner ce qui parait important à ses yeux. Non, l'UMP n'est pas écolo, la droite qui défend les lobbies industriels ne peut pas être écolo. J'estime pour ma part que la justice environnementale n'existe pas sans justice sociale. L'air pur doit profiter à tous.
Notes
[1] Une dénonciation qui a valu à Gérard Borvon, de l'association Eau et rivières de Bretagne d'être menacé de mort.
[2] Des agrocarburants parfois OGM, souvent cultivés au détriment des cultures vivrières et surtout responsable d'une hausse de la déforestation. On fait mieux dans la luttre contre la pollution.
[3] Selon un rapport du GIEC, jusqu'à 200 millions de personnes devraient fuir leur pays au cours du 21e siècle. Non, vous n'êtes pas prêt d'arrêter de voir des tentes de réfugiés à la télé.


Commentaires
Bien vu.
J'avais déjà adressé tous mes voeux de réussite à Mme Kosciusco-Morizet ici : richardg.blogs.com/avantl...
Mais j'ai peur qu'il soit déjà bien tard pour en parler... :-(
Concrètement, vous n'avez pas l'impression de donner un allibi à l'UMP en étant trop proche du PS ? Je mettrais ma main à couper que pour beaucoup d'UMP, l'écologie, c'est un truc de gauche...
Est-ce si étonnant ? Vous avez été avec Jospin, mais vous auriez du prendre vos distances !!
Franchement, l'écologie est à ce niveau, car elle se noie dans des clivages.
Ceux de droite qui sont écolo, n'ont pas le droit de voter pour les verts étant donner le discours de leurs dirigeants.
Ils flirtent même avec l'extreme gauche. (il y a extreme dans la phrase.)
L'écologie pour moi n'a rien a voir avec la politique mais plutot avec l'education.
C'est fou ça, on a beau expliquer en quoi l'écologie est de gauche et n'est pas résumable à la seule protection de l'environnement, il y a toujours des gens qui ne comprennent pas et nient le fait que ça soit politique...
Je vais recommencer l'explication, juste demander de relire le billet.
l'écologie a à voir avec l'éducation autant que la politique a à voir avec l'éducation...
La politique, ce n'est pas seulement mettre un bulletin dans une urne ou décider si c'est plus royal ou sarkozy qui devrait être président-e.
La politique, ça se fait au quotidien, en faisant remarquer dans une conversation familiale que non, les femmes au volant ne sont pas pire (ni mieux) que les hommes (euh, expérience perso récente...), en payant ses impôts, en allant au minimum faire ses courses au supermarché, en utilisant des logiciels libres...
Tout ça, c'est politique.
Et finalement, on se rend compte que les comportements écologiques sont bien plus conformes avec les idées de gauche que de droite.
Essayez !! ;)
Je pense que c'est un de nos problèmes. La définition de ce que l'on est. La défense de l'environnement est une chose (que les assos font très bien même s'il faut absolument un levier au niveau politique), l'écologie politique en est une autre qui transcende la défense environnementale tout en étant un de ses fondements.
Bref, comme je le dis à mes parents, l'écologie politique ce n'est pas que s'occuper des petits oiseaux (mazoutés ou pas).
Peut-être faudrait-il trouver une autre terminologie pour l"écologie politique (cosmopolitique par exemple pour le philosophe et penseur écologiste Bruno LaTour)
@Steph: quel alibi est-ce que cela pourrait donner à l'UMP? En quoi les Verts sont ils trop proches du PS? En présentant Dominique Voynet aux élections, c'était aussi une campagne permettait de marquer les différences. Appeler à ne pas voter Ségolène Royal, ce serait dire qu'il n'y a pas de différence entre les deux candidats, hors ce n'est pas le cas. Il y a de vrais différences. Prenons juste l'indicateur de l'Alliance pour la planète. Royal est à 16/20, Sarkozy est à 8.5/20.
@Fixo: montre nous qu'il est possible d'être écolo tout en défendant le capitalisme. Désolé, perso, je n'y crois pas.
@Vincent: partout dans le monde, les partis écolos sont une traduction de verts: Green, Grunen, Verde.... Partout, c'est le même tournesol. A mon avis, ce n'est pas une question de terminologie mais de programme, trop révolutionnaire, trop en rupture, qui exige trop de remises en cause...
@Bix: oui, NKM doit un peu être comme une Verte au sein d'un gouvernement socio-communiste, ça doit être dûr....
@Mascottus Phlox: je ne suis pas sûr. Bien évidemment, le programme des Verts, où qu'ils soient dans le monde, est trop en rupture, est trop révolutionnaire,même si je n'aime pas ce mot qui signifie faire le tour d'un axe (et finalement revenir au même point) alors que l'écologie politique prone justement de changer d'axe, de paradigme.
Mais lorsque l'on écoute les gens dans la rue, lorsqu'on écoute les medias, nous retrouvons tout de suite la vision écologie=petits oiseaux. Le politique est totalement évacué. Qui n'a jamais entendu, alors que la discussion (et les propositions) porte sur l'économie, l'Europe, le droit du travail, les moeurs, l'école, les libertés individuelles, ou que sais-je encore, qui n'a jamais entendu dire, au niveau local, "au lieu de s'occuper des sans-papiers ou des intermittents, les écolos devraient plutôt protéger l'environnement!". Dans les faits c'est bien évidemment faux (les élus Verts locaux font un boulot admirable), mais force est de reconnaître que le message est brouillé.
C'est une question de pédagogie à faire non seulement auprès du public, mais aussi du levier médiatique qui ne comprend absolument pas l'écologie politique.
Un exemple? Le pacte de Nicolas Hulot. Alors qu'il ne concernait qu'une partie (certes importante, mais qu'une simple partie) de ce qu'est l'écologie politique, après que la plupart des candidats aient signé ce pacte (qui n'engage personne), cela en été fini de la campagne (malgré certains succés) de Voynet. Qui a entendu ses idées pour l'économie, l'école, les institutions, ? Pas grand monde.Malheureusement.