Je veux bien admettre que Kosciusko-Morizet ait de vraies convictions écolos et une réelle envie de voir son parti les appliquer. Le problème qui est ressorti au cours du débat, c'est que les convictions écologiques ne résistaient pas à l'analyse globale du programme de l'UMP et de Sarkozy. Bruno Rebelle a fort justement fait remarquer qu'on ne pouvait pas parler de la protection de la qualité de l'eau sans remettre en cause les modes de production agricoles (engrais, pesticides, cultures non adaptées à la région...). Hélas, l'UMP reste encore cul et chemise avec la FNSEA, gros promoteur de l'agriculture préférée des Bretons (par exemple) qui pollue l'eau des rivières et des nappes phréatiques[1].

Cet exemple parmi d'autres pour montrer que l'écologie n'est pas une thématique, mais un projet de société, quelque chose de transversale à tout le reste. Évidemment que le thème de la protection de l'environnement n'est pas propriété des écologistes ni des Verts, mais entre des politiques qui viseraient uniquement à faire des sanctuaires de la nature dans quelques parcs à touristes, et d'autres politiques qui visent à la création d'espaces où chacun pourrait vivre dignement dans le respect de la nature, il y a des différences.

De même, ce n'est pas parce qu'on se bat pour la sauvegarde des espèces, la qualité de l'eau, de l'air, de la nourriture, qu'on doit oublier les humains qui souffrent des pollutions aériennes et sonores, de la relégation dans des ghettos à l'écart des réseaux de transports en commun, qui survivent dans la misère, une misère qui oblige à se pourir la santé à bouffer de la merde suremballée de plastique. Oui, tout est lié.

Je veux bien que Kosciusko-Morizet et l'UMP aiment la nature. Sarkozy est sans doute adorable avec les animaux. On l'a vu, il adore les chevaux de Camargue, ces bêtes magnifiques. Mais quand on défend un projet de société où on confisque le débat sur l'énergie en imposant l'EPR, où on pense pouvoir continuer à tuer l'espace urbain à coup de bagnoles grâce aux agrocarburants français ou importés du Brésil[2], un projet de société qui relègue des personnes qui fuient leurs pays pour des raisons politiques ou climatiques au rang de voleurs[3], quand on est le seul candidat à refuser ne serait-ce qu'un moratoire sur les OGM en plein champs, je trouve qu'il est délicat de se qualifier d'écologistes.

Nathalie Kosciusko-Morizet milite dans un parti qui, hélas pour elle, fait et revendique l'exact contraire de ce qu'elle prétend défendre. Elle est sûrement écolo personnellement, ça doit donc être très difficile à vivre de voir sa famille politique mépriser ses idées, piétiner ce qui parait important à ses yeux. Non, l'UMP n'est pas écolo, la droite qui défend les lobbies industriels ne peut pas être écolo. J'estime pour ma part que la justice environnementale n'existe pas sans justice sociale. L'air pur doit profiter à tous.

Notes

[1] Une dénonciation qui a valu à Gérard Borvon, de l'association Eau et rivières de Bretagne d'être menacé de mort.

[2] Des agrocarburants parfois OGM, souvent cultivés au détriment des cultures vivrières et surtout responsable d'une hausse de la déforestation. On fait mieux dans la luttre contre la pollution.

[3] Selon un rapport du GIEC, jusqu'à 200 millions de personnes devraient fuir leur pays au cours du 21e siècle. Non, vous n'êtes pas prêt d'arrêter de voir des tentes de réfugiés à la télé.