Rénover : l'immigration
Par Adrien, lundi 25 juin 2007 à 18:37 :: "Rénover" la gauche :: #1233 :: rss
S'il y a bien un sujet qui pourrit le débat politique à chaque fois qu'il est évoqué, c'est l'immigration. Au-delà de la complexité de ce problème, il a le chic de soulever les réflexes pavloviens de chaque côté. D'un côté, remugles nationalistes et racistes sont courants, ainsi que la xénophobie ou les racourcis entre chômage et immigrés. De l'autre, on observe une tendance à la cécité sur une partie de la question, une focalisation sur une petite partie et la même simplification parfois infantilisante et victimaire.
L'important, pour un sujet aussi sensible, est de ne pas faire de discours préfabriqués ou plein de faux-semblants. L'immigration, les migrations devraient-on plutôt dire, est un problème mondial. Seulement, on prend souvent un angle uniquement national. À ma droite, la France est une forteresse assiégée qu'il faut protéger des hordes de barbares qu'on triera, afin de sélectionner les meilleurs, seuls dignes de fouler notre sol. À ma gauche, la France, phare du monde des Idées et de la Tolérance, doit accueillir tout le monde mais ne pas se préoccuper de la manière dont les migrants arrivent, s'en indigner certes, mais pas s'en préoccuper.
Politiques caricaturales à droite comme à gauche
Le choc de ses deux caricatures donnent lieu à des aberrations incroyables, comme quand Nicolas Sarkozy a dit, pendant la campagne présidentielle, que chaque femme battue dans le monde était la bienvenue en France. Une intention formidable complètement hallucinante : cela représente au bas mot 250 millions de femmes[1]. Au-delà des capacités d'accueil de la France, c'était également oublier un peu non seulement les Françaises battues mais aussi les militant-e-s contre le machisme violent partout dans le monde. On a eu là une belle démonstration d'affichage pur sans aucune efficacité ni volonté de régler effectivement le problème, et de l'immigration, et des violences faites aux femmes.
La droite et l'extrême droite ne veulent pas régler le problème, en aucune manière. L'annonce par Hortefeux des 25 000 reconduites à la frontière annuelles n'a pas pour but de marcher et de débarasser la France de scories étrangères malvenues. Cette annonce chiffrée sert à instituer une ambiance d'insécurité pour les clandestins, contraints dès lors de se cacher, ce qui les rend encore plus vulnérables. Si encore le but recherché était atteint, on pourrait reconnaître une certaine efficacité affreuse à la droite, ce n'est même pas le cas. On est là dans la posture et l'affichage, pas dans le résultat.
La gauche, et c'est là l'objet de ce modeste billet, aurait tout d'abord tendance à ne voir l'immigration qu'à travers les réfugiés politiques. C'est en effet une part des migrants qui arrivent en France et y cherche effectivement refuge, mais c'est une part minoritaire. Bien sûr les conditions ne doivent pas être drastiques et les règles actuelles de la police aux frontières sont absurdes et inhumaines. Il va de soit que l'amélioration des conditions d'accueil est un pré requis indispensable si l'on veut tenir notre rang de "pays des droits de l'Homme", mais ausi tout simplement de démocratie. Hélas, ce n'est pas suffisant pour faire une politique complète de l'immigration. Loin s'en faut : les réfugiés politiques représentent moins de 5 % de la population étrangère résidant en France.
Oublions les sans-papiers
L'autre principal problème de la gauche est qu'elle focalise à outrance sur les sans-papiers. Encore une fois, ne me faites pas dire que le sujet n'en vaut pas la peine, ce n'est absolument pas mon propos. Des dizaines, des centaines de milliers de personnes vivent en France sans aucun droit ni aucune protection. Certains sont pris dans les méandres administratifs d'une régularisation potentielle, d'autres sont arrivés clandestinement au péril de leur vie dans des containers ou des coquilles de noix, parfois depuis l'Afghanistan.
Le problème avec le militantisme pour les sans-papiers, c'est justement que c'est essentiellement du militantisme. On se fait des plaisirs militants : manifs, occupations de locaux divers et variés (Assedic, écoles, gymnases...) qui ne mènent jamais qu'à des réglements au cas par cas, au coup par coup selon les humeurs médiatiques et politiques. Dès lors, le risque est grand de se contenter de régularisations ponctuelles à plus ou moins grande échelle. Si le travail des associations comme RESF est utile et louable, il n'est pas suffisant.
Le risque est grand, si l'on ne pense qu'aux sans-papiers, de procéder à des régularisations massives de 300 000 à 400 000 personnes tous les 4 ans, sans rien gérer à côté. Des centaines de milliers de personnes continueront de toute façon à arriver. Autant de personnes qu'il faudra régulariser un jour ou l'autre. Entretemps, ces personnes auront été exploitées par des employeurs véreux, été victimes de marchands de sommeil, contracté des maladies par peur d'aller se faire soigner, etc.
Penser les migrations dans leurs globalité
Disons-le clairement, notre but est qu'il n'y ait plus un seul clandestin en France. On n'atteindra pas cet objectif en érigeant des murs à nos frontières, aussi hauts soient-ils. Malgré des grillages, des patrouilles, des tranchées et un désert de plusieurs centaines de kilomètres, la frontière sud des États-Unis est une vraie passoire.
Ce but ne peut être atteint qu'en instaurant des filières légales d'immigration en accord avec les pays de départ. Un des avantages seraient de couper l'herbe sous le pied des passeurs. Ces mafias spolient en un mois des économies de toute une vie, pour un résultat bien incertain et un abandon à Sangatte ou à Ceuta, dans le meilleur des cas.
Bien sûr, je n'ai pas la solution complète de ces filières légales. Il est évident qu'un ministère de l'immigration, sans l'identité nationale, participerait pleinement avec les ambassades concernées. Il est probable qu'il faudrait penser à y associer l'Éducation nationale et les syndicats, afin d'enseigner respectivement le français[2] et les droits afférant à chaque travailleur sur le sol français. Et pourquoi pas le concours de l'ANPE et des Chambres de commerce et d'industrie (CCI) ?
Dans les choses à changer en France, il y a aussi l'interdiction de travailler dans l'administration pour les étrangers, le droit de vote (au moins aux élections locales). Il faut aussi arrêter de voir le droit au regroupement familial comme un horizon indépassable et penser au droit au retour. On ne quitte pas son pays et sa famille de gaieté de cœur et plein de migrants feraient avec joie un retour chez eux s'ils avaient la certitude de pouvoir revenir en France facilement. Plus facilement en tout cas qu'aujourd'hui.
Ça ne ferait pas tomber le nombre de clandestins à zéro. Mais il est probable qu'un Sénégalais préfère attendre un visa avec une carte de travail plutôt que de se jeter dans l'océan Atlantique direction les Canaries. C'est moins risqué et moins cher.
Je ne dis pas que ce que je propose est "le bon". J'aimerais simplement que l'on cesse d'évacuer le débat sur l'immigration comme un tabou et qu'on fasse face au défi que cela constitue. Le réchauffement climatique globale va entraîner des crises météorologiques dévastatrices, les mers vont connaître une augmentation de leur niveau, les sécheresses risquent d'être plus nombreuses... Au moins 250 millions de personnes risquent de devenir "réfugié écologique", il va falloir assumer et assurer.













Commentaires
1. Le mardi 26 juin 2007 à 01:31, par Marie
2. Le mardi 26 juin 2007 à 11:04, par FrédéricLN :: site
3. Le mardi 26 juin 2007 à 12:20, par Alex de Melun :: site
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