Politique et LL, le blog de Bix

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lundi 27 septembre 2004

Arguments de merde

Autant j'aurais plutôt tendance à pencher pour le oui à la Constitution européenne actuelle, autant je ne cède pas à une approbation béate, comme si le projet européen était la réponse à tous nos maux et une manifestation de l'humanisme façon Renaissance, pouvant justifier l'abandon du projet REACH par exemple.

De même, je trouve hallucinant le lynchage médiatique auquel ont droit les opposants à la Constitution. Alors quoi ? On ne peut pas dire ce qu'on pense ? Pour Fabius, encore, je peux comprendre tellement est incompréhensible sa prise de position (même en interne), le tourner en ridicule relève finalement de la solution de facilité pour les éditorialistes. Mais les autres, dès lors que c'est argumenté, méritent qu'on les écoute, qu'on leur réponde poliment sans pour autant s'étriper, pour confronter les idées et... le débat, voilà, c'est le mot que je cherchais.

Il y a aussi les arguments à la con en faveur du "oui". Julien Dray, en tant que porte-parole socialiste, en a donné un exemple en exhortant à voter oui, sans quoi le parti socialiste français serait isolé en Europe ! D'abord c'est faux, car les socialistes maltais sont aussi prêts à voter non, ensuite Poul Nyrup Rasmussen, le président du PSE, est Danois, et le Danemark n'a même pas l'euro... De plus je ne trouve pas l'argument grégaire très convaincant, mais sans doute Julien Dray a-t-il trop l'habitude de mener sa Gauche socialiste comme il l'entend.

Pour convaincre du oui je préfère des arguments raisonnables (pas la peine de partir dans des grandes tirades de lendemains qui chantent chantonnent murmurent sussurent) et réalistes (l'Europe est à droite, on doit faire avec). Ensuite, ce n'est même pas sûr que le référendum ait lieu, un pays peut refuser la Constitution avant par exemple. Tout cela aura alors eu toute la consistance d'un piège orchestré par Chirac pour que la gauche se déchire, surtout le PS (mention spéciale à Fabius).

Heureusement, on peut s'amuser avec l'Europe et ses institutions !

vendredi 17 septembre 2004

Non sauf si parce que oui mais bon

Edwy Plenel taille un costard à Laurent Fabius dans son édito du Monde2 (obligé de l'acheter, 2,50 euros non mais, merci Colombani et Plenel justement...)

Voici quelques passages pour quand l'article sera dans les archives payantes :

[Il y a deux ans, Laurent Fabius écrivait] "Au XXIe siècle, être socialiste, c'est penser que le monde est notre village, et non que le village est notre monde. La République ne prend tout son sens que dans un horizon qui la dépasse."

Le "non" dont s'habille Laurent Fabius, pour d'évidentes raisons franco-françaises internes au PS, est un non sans passé ni bilan, un non amnésique. C'est la proclamation de l'impuissance de la politique : je ne peux rien, l'Europe peut tout ; changeons d'Europe, je pourrai tout. Car voici un responsable, peu ou prou aux affaires de la nation depuis un quart de siècle, qui vient nous dire que l'Europe détient à elle seule la clé des échecs de la gauche française face au chômage, à la crise, aux inégalités sociales, aux ghettos, etc. ! On aurait aimé entendre, voire se souvenir, de propositions originales par leur audace et leur radicalité du même Fabius sur nos institutions monarchiques, sur la panne de l'ascenseur social, sur les ratés du creuset républicain, sur notre ouverture au monde, sur les relations franco-américaines, sur la guerre en Irak...

En conclusion :

Paradoxalement, l'argumentaire de Laurent Fabius discrédite le "non" de conviction, ce "non" souverainiste ou altermondialiste qui s'est déjà exprimé lors du référendum sur Maastricht. Il n'y a certes pas de raison d'Etat européenne qui obligerait au "oui" - ce serait même la pire des pédagogies. Mais il y a une certaine idée de la politique qui oblige à ne pas se moquer de l'intelligence des citoyens. Personne ne peut croire que l'échec de la gauche française en 2002 tout comme son incapacité latente à penser la complexité du monde et à représenter les classes populaires vient de la seule contrainte européenne.

Non pas que j'aime Edwy Plenel, mais voir Fabius et ses manœuvres bizarroïdes torpillés par un éditorialiste, ça fait toujours plaisir.

Mais le plus drôle dans tout ça, ou le plus triste, c'est qu'on n'est même pas sûr que le référendum aura lieu. Chirac a beau l'avoir promis, on sait ce que sont ses promesses. Et on n'est pas à l'abri qu'un pays la refuse avant, ce qui ferait tout tomber à l'eau. C'est horrible, VGE ne s'en remettrait pas (et là je viens d'en convaincre quelques uns de voter "non" ;) )

lundi 13 septembre 2004

TCE : débat chez les Verts, aussi

Le PS se déchire, et les Verts ? Voilà une dépêche AFP...

Constitution européenne : les Verts veulent un référendum militant européen

[ samedi 11 septembre 2004, 20h33 - AFP]

Les Verts, très divisés à l'instar de leurs alliés socialistes sur la constitution européenne, se sont prononcés samedi en faveur de l'organisation d'un référendum militant à l'échelle de l'Europe, repoussant à plus tard le choix entre le oui et le non au traité.

Le vote en faveur d'un référendum a été obtenu à une très large majorité, lors de la réunion à Paris du Conseil national inter-régional (CNIR) des Verts.

L'organisation de ce référendum sera demandée au parti vert européen, créé en mai dernier, qui devrait rendre sa décision le 29 novembre à Dublin, a indiqué le député européen Gérard Onesta.

Selon lui, y sont actuellement favorables, outre les Verts français, les Italiens et les Verts du Benelux, tandis que les Allemands et les Autrichiens craignent selon lui que "leur oui massif soit écorché par le vote hostile de certains petits pays".

Pour être adopté, il faudra une double majorité, soit 50% des partis verts et 50% des adhérents.

Le débat, qui n'a duré qu'une heure, a donné l'occasion à plusieurs ténors du parti de rappeler leur position sur le projet de constitution. Denis Baupin, adjoint au maire de Paris Bertrand Delanöe, a regretté le délai mis à la définition d'une position commune des Verts. "Il ne serait pas responsable" de reporter le choix des Verts "aux calendes grecques", a-t-il lancé, craignant d'être le dernier parti à prendre position sur le projet.

Le député Yves Cochet, pour le oui "à 51%", s'est dit favorable à un référendum européen avant le congrès des Verts à Reims, fin décembre, pour que la nouvelle majorité du parti soit choisie aussi en fonction de ce sujet-là.

La députée européenne Marie-Hélène Aubert a aussi pressé le parti de prendre rapidement position afin de ne pas "laisser s'installer les mensonges et la désinformation".

Divisions internes

Lors de ce débat, les Verts ont étalé leurs divisions entre le oui et le non. "Oui quand même", avait lancé un peu plus tôt l'ex-ministre Dominique Voynet, pour qui "le rejet du projet ne ferait pas avancer l'Europe sociale mais donnerait de la crédibilité à ceux qui prônent le repli national".

La députée de Paris Martine Billard a défendu le "non", à cause d'un manque d'avancées sur l'environnement, Gilles Lemaire, secrétaire national, a dit hésiter entre le non et l'abstention. Yves Contassot, adjoint au maire de Paris et membre du même courant que M. Lemaire, se disait "ni pour ni contre" : "ça ne changera rien de fondamental, l'essentiel c'est quelle Europe on veut et comment on la construit", a-t-il affirmé.

"Notre vote ne doit pas être un vote par rapport à Chirac, mais un vote de conviction", a dit Mme Billard.

Francine Bavay, vice-présidente de la région Ile-de-France et favorable au non, a fait voter un amendement pour lancer une pétition européenne d'un million de signatures contre les articles 3 et 4, portant respectivement sur les politiques économiques et les conditions de révision du traité.

© 2004 AFP

vendredi 3 septembre 2004

Un oui pour l'Europe

Sur une liste de discussion verte s'agite un homme dont nous tairons le nom, par pudeur. Disons juste qu'il est militant dans la région PACA. Il envoie des dizaines de messages, sortes de longs monologues gauchistes, et le dada du moment c'est le Traité constitutionnel européen, le fameux TCE sur lequel il faudra se prononcer à l'automne prochain.
À son dernier message, j'ai craqué, et j'ai répondu :

> En accord avec la tonalité générale de ce texte ,je confirme un NON ,NON et
> NON au TCE .
Ouah, tu vas mettre trois bulletins dans l'urne ?

Blague à part, que tu sois pour le "non", c'est ton droit. Que tu milites pour que les autres votent non, ça aussi c'est ton droit. Maintenant, répéter 10 000 fois les mêmes arguments et appeler à une union impossible entre l'extrême gauche et le NPS ça commence à devenir lourd.

Personnellement, je la veux cette Constitution, pas parce qu'elle est "un cheval de Troie du libéralisme", ni parce qu'elle donne des droits hallucinants à la BCE, encore moins parce qu'elle renonce à la majorité qualifiée pour les sujets les plus importants.
Non, je la veux parce qu'elle pose des règles institutionnelles à partir desquelles nous pourrons nous armer : faire jouer le Parlement, utiliser les pétitions du million, s'infiltrer dans ses failles pour tirer le TCE vers plus de fédéralisme et plus de démocratie, de souveraineté pour le peuple européen.

Je la veux aussi parce que de toute façon, elle n'apporte aucun recul par rapport à la situation actuelle, et que sans constitution ce ne sera pas mieux. Ne pas en vouloir sous prétexte qu'elle apporte le libéralisme, c'est ne pas voir qu'il est déjà là, en pleine forme ! Et je doute que refuser la constitution aidera à le combattre, certains libéraux parmi les pires sont contre ce TCE, justement parce qu'il pose des règles !

Alors tu crois à la crise salutaire, à la table rase de laquelle s'élèvera forcément un monde meilleur... Pourquoi pas, seulement il y a tout autant de chance pour que s'élève du chaos une tyrannie. Alors ta crise, non merci. Je préfère avancer petit à petit plutôt que risquer de tout perdre sur un coup de poker (je joue très mal au poker, on devine mon jeu dans mon regard).

Et moi aussi je suis pour l'organisation d'un référendum interne aux Verts, parce que je veux le OUI et que je voterai pour, deux fois : en interne et dans mon bureau de vote n°6 en face de chez moi.

Voilà, mon avis, en gros, sur le futur referendum.