C'est quand même incroyable ce besoin irascible d'être candidat, envers et contre tout.
Prenons un exemple local, Jean Calvet. Élu conseiller général en 2004, sous l'étiquette Verts-PS, il est réélu avec la même étiquette un an et demi plus tard en raison du recours fallacieux de la droite. Verts et socialistes, même des militants de la LCR, se sont mobilisés pour sa réélection, garante de la majorité de gauche au Conseil général de Seine-et-Marne. Les gens qui ont voté et milité pour lui l'ont donc fait dans le soucis de permettre à la gauche de conserver la majorité dans le département.
Il y a quelques mois, les Verts sont entrés dans le processus de désignation de leurs candidats aux législatives. Nous nous sommes réunis, militants de la 8e circonscription de Seine-et-Marne, et nous avons voté. Antoine a gagné aux deux tiers des voix contre Jean Calvet. Sans appel.
Or, aujourd'hui, Jean Calvet est candidat pour le Mouvement démocrte de François Bayrou. Oh, bien sûr, son passage des Verts au MD n'est pas trop différent des passages du PS à Génération écologie puis aux Verts. Comme pour les autres transfuges, quels que soient les partis de départ et d'arrivée, les arguments avancés sont d'ordre idéologique et politique. Hélas, c'est bien souvent bassement plus politicien. La plupart des Verts qui partent au MoDem sont des personnes qui n'ont pas été désignées candidates aux prochaines législatives ou municipales. Tout comme Jean Calvet, ces personnes sont souvent déjà élues, sur un programme Vert ; ça ne les empêche de rejoindre en cours de route un autre parti aux objectifs rarement similaires, sinon dans les grandes lignes.
On est donc bien loin de la "saignée" évoquée par Sylvia Zappi, journaliste qui fait d'ailleurs toujours preuve d'un étonnant sens de la mesure lorsque il s'agit de parler des Verts. Surtout que ce sont rarement, pour l'instant, des militants qui partent, mais des personnes chez qui la posture remplaçait parfois l'action. On voit d'ailleurs que beaucoup de transfuges sont candidats d'office, parfois au détriment d'une militante sincère.
Je trouve que ces personnes qui quittent le parti écolo dans ces conditions ne se grandissent pas, pas plus que le parti de Bayrou ne sort grandi de ce débauchage à grande échelle et de coups de fil demandant un ralliement fracassant, y compris à des salariés du siège ! C'est vrai, nous sommes, les Verts, responsables de notre propre faiblesse politique et structurelle, mais nous ne sommes pas responsables de la faiblesse des convictions des personnes qui nous quittent. Ces personnes critiquent l'absence de réforme interne chez les Verts, que n'ont-elles vraiment lutté pour au lieu de se contenter des petits jeux de courants pendant ces nombreuses années !
Allez, je suis écœuré. Quand les egos et les petits ambitions prennent à ce point le pas sur les logiques collectives, je suis sonné et les mots me manquent. Quand on poignarde à ce point le parti grâce auquel on est élu, comme Calvet, Bennahmias ou Auffray, je reste sans voix.