Mais a-t-on raison de râler ? Ainsi, pour les élections de 2004 où nous avions fait 7,4 % nous avions obtenu 6 siège sur 78, soit 7,7 % de la délégation française au Parlement européen. Cette année, avec 16,28 % des voix au niveau national, nous obtenons 19,45 % des eurodéputés français. Même le Modem semble bien servi, puisqu'avec ses 8,45 % au national il envoie à Bruxelles 8,33 % de la délégation française.

Par contre, l'UMP est outrageusement favorisée : avec moins d'un tiers des voix au niveau national, ses 29 élus représentent 40,3 % des eurodéputés français ! Libertas pourrait s'estimer lésé, puisque ses 4,8 % ne lui ont apporté qu'un seul député[1], soit 1,4 % de la délégation. Mais au contraire, le découpage est à l'avantage de Philippe de Villiers qui n'aurait jamais été élu s'il avait été à la tête d'une liste nationale : le seuil des 5 % lui aurait été fatal (dommage !).

Si les 2 eurodéputés fantômes supplémentaires[2] sont bien attribués aux régions Nord et Grand Est, Europe Écologie aura 2 députés de plus et aura profité à plein du système des grandes circonscriptions : ses 16 élus sur 74 représenteront alors... 21,6 % ![3]

Comme l'avait écrit Dagrouik en faisant ses calculs, le mode de scrutin favorise les gros largement en tête, avec une prime à la charnière qu'Europe Écologie semble très bien exploiter (comme le PS finalement, qui fait le même score au niveau national).

Pour autant, cela ne doit pas nous conduire à défendre ces euro-régions incompréhensibles qui n'ont même pas le bon goût d'être cohérentes territorialement. Pour Centre - Massif central, imaginez une région qui va de la Loire à Millau : quels points communs dans les dynamiques territoriales, les emplois, même le climat ? La région Nord, du Mont Saint-Michel à Arras... Sans oublier le Grand Est, absolument gigantesque avec la Bourgogne, la Champagne, l'Alsace et la Lorraine. Bref, conçues pour "rapprocher les élus des électeurs", elles n'ont rendu le scrutin qu'encore plus incompréhensible pour des Français habitués en plus aux scrutins uninominaux à 2 tours.

Vivement des listes, au moins en partie, pan-européennes, on mesurera alors mieux encore l'engagement et la cohérence continentale des listes.

Notes

[1] Grâce aux 10 % essentiellement vendéens dans le Grand Ouest.

[2] "Fantômes" car non élus en attendant la ratification du traîté de Lisbonne, mais libre d'accéder au Parlement, sans siéger pour autant. Un truc bizarre comme seule l'Europe est capable d'en créer et c'est ce qui fait son charme. ;-)

[3] Ajout du 13 juin : Je me suis un peu enflammé, comme tous mes camarades. Excusez-nous. :-) En fait, il apparait que les régions qui bénéficieraient des élus supplémentaires, par le décret 2009-317 qui fixe le nombre d'élus par rapport à la population de métropole authentifiée par le décret 2008-1477 (oui, c'est technique et c'est du copié-collé) sont le Centre et le Grand Ouest. Dans ces régions, les députés fantômes sont un socialiste (Centre) et un UMP (Grand Ouest). Voir le fichier .xls - désolé - en lien et merci à Jacques Fernique (d'Alsace) pour ses calculs !