Europe Écologie doit-elle aller ou non aux primaires de la gauche ?
Par Adrien le dimanche, juillet 11 2010, 16:53 - politique - Lien permanent
Grave question que celle de l'élection présidentielle de 2012, à laquelle tout le monde pense, ou presque (tout le monde = presse politique et états majors des partis).
La question qui se pose à gauche (hors PS) est un peu particulière : faut-il ou non participer aux primaires du parti socialiste ? Étant entendu que le PS organisera bel et bien une élection de type "primaires de la gauche", à l'italienne plus qu'à l'américaine, avec un corps électoral potentiellement constitué des 40 millions d'inscrits sur les listes électorales.
Du côté d'Europe Écologie - Les Verts, on ne connait pas exactement notre position. Non pas qu'on ne sache pas quoi faire : les Verts ont un candidat à chaque élection depuis 1974, avec plus ou moins de bonheur. Sauf que là, fait nouveau, le PS propose à ses partenaires de gauche de participer à un processus de primaires ouvertes. Alors, y aller ou pas ?
- Non, on doit s'affirmer
- Oui. Il faut être responsable
- Y a un coup à jouer
À savoir : ma position oscille entre le 1 et le 3.
On répète la question : faut-il ou non participer aux primaires de la gauche ?
1. Non, on doit s'affirmer
Nous sommes un jeune mouvement politique. Je ne parle là pas des Verts, qui ont plus de 25 ans, mais d'Europe Écologie, objet politique encore en construction, "marque" idéologique en devenir auprès de l'électeur-citoyen.
L'élection présidentielle est l'élection majeure de la 5e république française. Hélas, elle fige les rapports politiques pour 5 ans. En être absent, c'est ne pas compter dans le paysage politique français, c'est se priver d'une formidable tribune médiatique et politique pour montrer son logo, ses idées, ses têtes, porte-parole, dirigeants, capacités de mobilisation...
Les primaires du PS sont et resteront des primaires socialistes. Un pacte risque de lier les principaux candidats qui verrouilleraient ainsi les résultats en "ne se gênant pas" (Aubry et DSK essentiellement). Nous n'avons rien à faire dans cette mascarade mais nous concentrer à convaincre les électeurs de voter pour un candidat écolo à la présidentielle.
De plus, participer aux primaires socialistes nous obligerait à désigner notre candidat très tôt : même si le PS a défini un calendrier à mon sens trop tardif (vote final en septembre), cela signifie que dès janvier 2011 nous devrions avoir notre candidat validé. Si l'on part seul, cela peut être fait dès juin (Lipietz avait été désigné à cette période-là en 2001, avant d'être destitué à la rentrée).
2. Oui. Il faut être responsable
Tout le monde a en mémoire le 21 avril 2002, où Lionel Jospin avait 200 000 voix de moins que Le Pen, perdant dès le 1er tour. On a accusé la dispersion des voix à gauche : Chevènement, Taubira, Mamère... Le PS a parfois oublié que sa campagne était mauvaise mais passons.
Fort heureusement, ça ne s'est pas reproduit en 2007 mais pouvons être sûr pour 2012 ? Surtout que le FN, porté par les promesses non tenues de Sarkozy sur le sécurité, la "république irréprochable" et la bande du Fouquet's, risque de frapper très fort avec une Marine Le Pen extrême droite new look.
Nous ferons un score sûrement mauvais au 1er tour (moins de 10 %, peut-être même moins de 5 %). Plutôt que de se vautrer dans un scrutin, arrangeons-nous pour participer aux primaires socialistes, en négociant en amont les législatives et un groupe parlementaire d'au moins 50 élus.
3. Y a un coup à jouer
On a vu et entendu que les poids lourds socialistes pourraient (je dis bien "pourraient") se mettre d'accord pour ne pas se gêner pour la primaire. En fait, estimer que le mieux placé dans les sondages doit y aller seul. Le centralisme démocratique mais avec un bureau composé de BVA, OpinionWay, Ipsos et Ifop. Les militants et sympathisants appelés à voter n'auraient plus qu'à gentiment prendre acte de la décision de l'élite socialiste.
Aux États-Unis, si un tel deal s'était fait au Parti démocrate, Barack Obama se serait désisté au profit d'Hillary Clinton et John McCain aurait laissé Rudolph Giuliani y aller du côté républicain. Autant dire que ça aurait cassé le principe de la primaire qui est de laisser le choix aux électeurs. L'histoire a montré que les votes et la dynamique ne correspondaient pas du tout aux sondages de début 2008, ni même aux premiers caucus.
Imaginons qu'il devient évident que le PS s'arrange en coulisses donc. Je pense sincèrement qu'il y aurait là un coup à jouer. Car si le PS accepte cette participation d'un partenaire de majorité à ses primaires, l'arrangement entre les candidats pour ne pas se gêner risque de provoquer un vote de mécontentement en faveur d'Europe Écologie. Du moins peut-on l'espérer.
Si le PS refuse notre participation à ses primaires, au motif qu'on risque de casser le beau pacte tout propre, on aura beau jeu de crier au scandale, au déni de démocratie... Et on aura raison : cela mettra en lumière la fausseté du processus, perverti par des jeux d'appareil. Nous aurons ainsi un boulevard pour promouvoir notre candidature "propre" et intègre quitte à proposer un vote de primaires ouvertes en juin.


Commentaires
Le coup à jouer serait celui d'y aller. Tes arguments, on le voit, ne jouent qu'en faveur d'un désengagement d'Europe Écologie de la gauche. En soi, ce n'est pas un problème.
Première chose, sans faire de la politique à partir des sondages, nous voyons aujourd'hui que la candidature d'Europe Écologie souffre d'un déficit de popularité. Il va être très dur de proposer un candidat qui soit connu, qui puisse représenter quelque chose pour les électeurs.
Deuxième chose, tu mets en avant les tractations entres poids lourds du PS. Il est évident qu'ils vont avoir une attitude pathétique. Il nous appartiendrait alors de soutenir un candidat qui soit proche de nos idées à cette primaire (et il en existe) car nous savons tous que certains se présenteront quand même. Et si beaucoup des électeurs d'Europe Écologie sont mobilisés, nous pourrons choisir le candidat qui nous convient, quitte à faire la différence avec le baron auto-promu.
Mais surtout, nous aurons un poids dans les autres échéances électorales, avec un vrai poids d'Europe Écologie au sein de l'actuelle opposition, et future majorité. Et éviter des déconvenues comme Les Verts à Paris en 2008.
Bien évidemment, le seul argument valable pour un non-participation aux primaires est pour l'instant irrecevable vu qu'on fait moins de 5%, c'est celui de donner un peu d'argent aux Verts et à tous leurs collaborateurs de campagne habituels.
Faisons ça intelligemment.
La responsabilité des Verts est de porter ses idées à gauche. Il y a 2 façons pour cela qui passe obligatoirement par la victoire de la gauche en 2012.
1/ Participer aux primaires permettrait à EE une vrai chance de finir dans un duel final (avec un DSK/Aubry/Royal/...). Le rapport de force serait favorable à EE pour assoir des idées qu'elle ne pourrait négocier en 2 semaines en 2012.
2/ Ne pas participer aux primaires permettrait à EE de continuer à drainer son corps électoral de droite qui vote pour elle. Elle pourrait obtenir son meilleur score à une présidentielle mais ce n'est pas sûr que le rapport de force qui en sort soit meilleur que d'être finaliste d'une primaire.
Après mon avis est largement biaisé puisque je suis socialiste et que je considère qu'une primaire entre socialistes est la meilleure façon pour faire perdre la gauche (on a vu 2007) et que si la primaire de gauche se fait entre socialistes, il vaut mieux alors faire un congrès plutôt qu'une primaire.
Je ne veux pas faire mon scrogneugneu, mais enfin, il y a un petit détail quand même, c'est le "pour quoi", à savoir le programme et la méthode !
UMP et PS se sont accordés pour mettre en place, avant 2002, une hyper-présidence ; les réformes sarkozyennes ont amplifié le phénomène. Or, ne nous faisons pas d'illusion, les mêmes causes produisent les mêmes effets : avec le PS contrôlant l'Elysée, Matignon, les présidences des deux assemblées, l'ensemble des cabinets ministériels, et procédant à toutes les désignations de toutes sortes, on n'aura peut-être pas un dysfonctionnement à la Woerth / Bettencourt, mais on aura quelque chose d'approchant, nos amis socialistes ont déjà montré leur imagination en la matière.
C'est donc l'hyper-présidence qu'il faut casser avant 2012 (donc sans attendre une éventuelle réforme pour 2017) en plaçant à l'Elysée non un leader, mais un gardien du temple laissant au gouvernement, pluriel, représentant de la gauche dans sa diversité, le soin de... gouverner.
En gros, s'il s'agit de faire en sorte, en participant ou non aux primaires, de remplacer Sarkozy par DSK ou Titine, de toutes façons 1 - on perdra au second tour ; 2 - et si on gagne c'est un clan qui remplace un autre, intérêt zéro.
En revanche, s'il s'agit de mettre à l'Elysée un président à l'allemande, qui rompe dès mai 2012 avec l'hyper-présidence, rend le pouvoir à Matignon, impose le pluralisme partout tout le temps, alors oui, c'est jouable, c'est d'autant plus jouable que ce sera la seule façon de battre Sarkozy.
Reste à trouver la perle rare, la convaincre, et l'élire.
@ Franck : pas dur.
@ Bix : les sondages ont déjà joue un rôle essentiel dans la primaire PS de 2006, pourtant seuls les adhérents votaient.